Ça raconte Sarah : une passion lesbienne dévorante

Ça raconte Sarah est un court roman de Pauline Delabroy-Allard paru fin 2018.

La passion qui foudroie

L’autrice nous propose une oeuvre puissante et surprenante, qui fait l’effet d’une bombe.

Ça raconte Sarah c’est l’histoire de deux femmes que tout oppose.

D’un côté, il y a Sarah, femme artiste, voluptueuse, passionnée et exaltée. De l’autre, la narratrice qui mène une vie conventionnelle, de professeure au lycée. Mère d’une petite fille, elle n’a connu dans sa vie que des hommes.

Jusqu’au jour où elle rencontre Sarah.

Naît alors une histoire d’amour dévorante et incandescente entre elles.

Ça raconte Sarah c’est le roman qu’on lit en apnée, sans jamais reprendre son souffle tant il nous happe tout.e entier.e.

C’est l’histoire qui change une vie, qui bouleverse l’existence. Qui nous transcende.

Dans la première partie, on suit l’obsession que chacune des femmes ressent pour l’autre, l’amour inconditionnel et démesuré.

La passion à son apogée.

Si l’amour lesbien est encore loin d’être un thème de prédilection en littérature, il est le thème central de Ça raconte Sarah.

« L’amour avec une femme : une tempête. »

Aimer jusqu’à sa perte

Si ce roman est si intense, c’est parce que les amantes s’aiment avec une telle force, qu’elles en oublient tout autour. Leur vie entière change et est réinventée.

L’autre est devenu un besoin vital. Les deux êtres fusionnent.

Ça raconte Sarah décrit avec une justesse stupéfiante comment une personne peut aimer jusqu’à se perdre elle-même.

« Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l’allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l’étincelle illumine la nuit. »

L’intensité d’une telle relation fait place à des moments violents et douloureux, qui font planer le doute sur la viabilité d’une telle passion. Un amour si poignant atteint nécessairement un point de non-retour tant il épuise, consume, déchire.

Et si le couple se sépare, comment survivre à l’absence de l’autre ? Quelle échappatoire à la douleur fulgurante et étouffante ?

L’autrice nous livre une seconde partie tout aussi prenante, mais beaucoup plus violente en ce qu’elle se consacre à la vie de la narratrice qui est désormais seule.

« La vie peut s’arrêter, l’amour peut mourir, et ce monde peut continuer, juste à côté, dans le même temps, dans le même espace, à étinceler de beauté ? »

Cela devient le récit de la recherche de soi, de la reconstruction, de la reconnexion à la réalité.

Le style hypnotique de l’autrice

Si Ca raconte Sarah a autant marqué les esprits, c’est parce que le style de l’autrice nous entraîne volontairement dans les méandres de l’amour.

La lecture du roman se fait presque en apnée, tant les phrases s’enchaînent comme un flot de pensées, tant les sentiments décrits nous subjuguent.

L’autrice nous happe littéralement dans ce tumulte amoureux.

Le style acéré est tel qu’il impose une lecture rapide, avide.

Pauline Delabroy-Allard a su retranscrire avec talent la passion amoureuse qui marque, qui change une vie.

Surtout, elle a réussi à nous emporter seulement par la force de ses mots. On plonge dans une passion qui nous dépasse.

Ça raconte Sarah ne laisse personne indemne, pas même le/la lecteur/rice.

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Quand la jalousie devient maladive : « La chatte » de Colette

Une autrice majeure dans la littérature française

Impossible de ne pas découvrir l’importante oeuvre de Colette, autrice du début du XXème siècle.

Encore aujourd’hui, Colette est une femme qui fascine. Autrice mais également journaliste, actrice et danseuse de Music-hall, elle fait parler d’elle.

Le maître mot de sa vie est « liberté ». Elle a mené sa vie comme elle l’entendait, sans se conformer aux normes de l’époque, ce qui a pu lui valoir une réputation en demi-teinte.

« Je veux faire ce que je veux. » Colette

Colette a une place majeure dans la littérature française, et est la deuxième femme à être élue à l’Académie Goncourt en 1945.

Elle est considérée comme la pionnière de l’autofiction. En effet, dans ses romans, l’autrice aborde des thèmes qui qui l’animent et la définissent.

C’est le cas de son roman La chatte, où il est question d’amour et de jalousie.

Un mauvais ménage à trois

La chatte est un roman très court qui se lit presque d’une traite.

De prime abord, l’intrigue est on ne peut plus simple et commune : un jeune couple vient de se marier. Camille et Alain sont amis d’enfance, tout semble les lier et leur promettre une vie paisible et aimante.

Leur vie commune débute à peine, mais l’idéalisation n’est que de courte durée du côté d’Alain.

La chatte s’empare des relations amoureuses, de la représentation que chacun se fait de l’autre et de la désillusion qui s’ensuit, lorsque l’on découvre des traits encore inconnus.

Surtout, ce roman questionne l’amour et la jalousie, la possessivité. La chatte d’Alain devient la rivale de Camille. L’amour inconditionnel qu’il lui témoigne l’insupporte et sa jalousie la consume.

« Après toi je serai sans doute à qui voudra.. A une femme, des femmes, mais jamais à un autre chat. »

Ce sentiment est si puissant qu’il ôte à Camille toute once de raison. Il occulte tout. Ainsi, la chatte devient une obsession, point de discorde insoluble entre les époux.

S’ensuit, presque inévitable et irréparable, le drame.

La plume magique de Colette

La chatte est un roman qui s’immisce dans l’intimité des époux et a pu saisir avec justesse la distance qui s’insinue entre eux.

Le talent de Colette est incontestable : sa maîtrise du langage, le choix parfait de ses mots et la sobriété de son style offre une œuvre remarquable.

L’air de rien, sous couvert d’une intrigue on ne peut plus plate, l’autrice livre une histoire bien plus profonde.

Avec ses mots et son vécu, elle nous plonge au coeur d’un ménage à trois qui ne peut perdurer. Elle dissèque les affres de la jalousie, questionne la relation passionnelle d’un maître avec son animal.

Si Colette a marqué son époque, c’est indéniablement parce qu’elle a su se raconter dans son oeuvre. Son style délicat et juste sert ses histoires, dont il ne faut pas se fier à l’apparente banalité.

Il n’est jamais trop tard pour découvrir cette grande autrice, dont la vie est inspirante et pour qui la liberté ne connaissait pas de compromis.

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En tête-à-tête avec Mona Chollet (1/3) : Sorcières

De tous les essais féministes, certains ne se présentent plus tant ils ont connu un énorme succès. C’est le cas de Sorcières de Mona Chollet.

Paru fin 2018, cet essai s’est imposé de manière unanime dans la littérature féministe.

Les chasses aux sorcières: quand la misogynie atteint des sommets

Si les chasses aux sorcières sont terminées depuis des siècles – et qu’elles n’ont pas eu lieu au Môyen-Age mais lors de la Renaissance-, ce mot demeure à connotation négative.

Mona Chollet montre comment ces femmes qui n’entraient pas dans les rangs ont été stigmatisées, qualifiées de sorcières et ont connu un destin funeste.

Selon l’autrice, les femmes victimes de ces chasses sanglantes étaient des femmes qui posaient problème en raison de leur indépendance. Elles étaient guérisseuses, elles avortaient, elles étaient célibataires. Elles étaient hors-normes.

« La sorcière incarne la femme affranchie de toutes les dominations, de toutes les limitations. »

Il s’agit de femmes qui vivent pour elles-mêmes et qui ne se définissent pas par rapport aux autres.

L’autrice fait le parallèle avec notre époque en démontrant à travers trois représentations de la femme que la « bonne manière d’être une femme est encore balisée », normée.

Qui sont les sorcières modernes?

Dans Sorcières, Mona Chollet ne propose pas seulement un essai sur les sorcières au sens strict.

Dès l’introduction, où elle rappelle les faits historiques sur la figure de la sorcière, l’autrice explique que sorcière peut être le synonyme du mot femme.

Elles visent des sorcières d’aujourd’hui, des femmes qui subissent encore à notre époque une oppression et une grande stigmatisation.

Ces femmes entrent notamment dans trois catégories : la femme indépendante, la femme non-mère et la femme âgée.

Mona Chollet nous livre donc sa réflexion sur ces femmes qui ont décidé de mener leur vie hors des carcans de la société, hors de cette logique patriarcale qui nous façonne.

Comment ces femmes sont-elles perçues ? Que vivent-elles au quotidien ? Qu’est ce que cela leur coûte de renoncer à être la « bonne femme » ?

C’est en partie à quoi répond Sorcières, dont le leitmotiv est extrêmement puissant : il y a plusieurs manières de mener sa vie en tant que femme.

Etre en couple, avoir des enfants ne sont pas une fin en soi.

Prendre de l’âge n’est pas une aberration qu’il faut cacher coûte que coûte.

Sorcières est un puissant essai qui décortique avec intelligence toutes les idées reçues et les pressions que subissent quotidiennement les femmes pour correspondre à un idéal, façonné de toute pièce par la société.

« Aujourd’hui, l’indépendance des femmes, même quand elle est possible juridiquement et matériellement, continue de susciter un scepticisme général. »

Les femmes et la nature : le rapport guerrier

Plus qu’une réflexion sur les femmes elles-mêmes et sur l’importance de ne plus les condamner à un chemin de vie parfaitement tracé, Sorcières s’attache également à dénoncer le rapport guerrier développé tant à l’égard des femmes que de la nature.

Nombre de métaphores ont longtemps comparé la nature à une femme, au besoin de la protéger tant elle est importante pour la société entière.

Mona Chollet va pourtant démontrer qu’au fil des années les hommes se sont emparés de la science et ont imposé leurs conceptions sur la nature.

Elle dénonce également la construction de la médecine et le sexisme de ses praticiens, qui ont conduit à banaliser de nombreuses pratiques médicales qui constituent en réalité des aberrations et des violences graves faites aux femmes.

Des violences bien trop souvent minimisées et oubliées.

« Le monde doit être mis sans dessus-dessous. »

Une ode à l’émancipation féminine

Si Sorcières a été lu des millions de fois, c’est parce que la réflexion menée par Mona Chollet fait sens. Chaque mot retentit en nous, chaque développement fait écho.

Sa démonstration est limpide, éloquente.

Elle appelle à une émancipation féminine, tant sur le plan moral que physique : il faut sortir des idéaux féminins pré-conçus, refuser d’être assigné.e à un rôle, dénoncer les violences subies par tant de femmes, se réapproprier son corps.

Elle est une ode à la construire de soi, pour soi.

Sorcières est un essai féministe qui propose une réflexion, invite au débat.

Il insuffle un vent de liberté pour toutes les femmes.

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Mrs America : quand une femme défend l’inégalité femme-homme

Mrs. America est une mini-série inspiré de faits réels diffusée depuis le 16 avril.

Elle raconte comment Phyllis Schlafly, femme politique américaine conservatrice et femme au foyer, devient dans les années 70 leader des antiféministes.

Elle milite avec ferveur contre la ratification de l’ERA (Equal Right Amendment), l’amendement qui vise à inscrire l’égalité des sexes dans la constitution américaine et ainsi prohiber toute discrimination fondée sur le sexe.

« I am not against women but what I am against is the women’s liberation movement. »

Des femmes qui se battent contre l’égalité femme-homme

Si cela peut paraitre incroyable, le mouvement STOP (Stop Taking Our Privileges) ERA mené de front par Phyllis Schlafly a bel et bien existé. Des nombreuses femmes l’ont rallié et se sont opposées avec ferveur contre l’idée même d’une égalité femme-homme.

Les antiféministes défendaient bec et ongles un idéal féminin stéréotypé et idéal : la femme au foyer. Elles se battent pour maintenir l’importance de l’institution du mariage et du rôle de la famille dans le schéma de la famille traditionnelle des années 50.

Chaque sexe a un rôle déterminé depuis des années et il ne faut surtout pas le bousculer : la femme s’occupe du foyer et des enfants et l’homme subvient à leurs besoins.

©Phyllis Schlafly dans Mrs. America

Pourtant, le personnage de Phyllis Schlafly est extrêmement ambivalent. D’une part elle se targue d’être contre l’émancipation de la femme, destinée à s’ancrer dans son foyer et d’autre part, elle est une femme politique médiatisée et militante.

Phyllis Schlafly est donc très loin de se cantonner au rôle d’épouse et de mère… Elle mène également une vie professionnelle ambitieuse qui l’épanouit et qui l’éloigne de son role-model qu’elle défend envers et contre tout.

Immersion au sein du mouvement féministe américain

Tout au long de la série, on découvre également le mouvement féministe américain des années 70.

Il a d’abord émergé avec Betty Friedan qui a dénoncé dans son ouvrage le profond désarroi de certaines femmes au foyer, frustrées et malheureuses, cantonnées à une vie à laquelle elles n’aspiraient pas.

©Betty Friedan dans Mrs. America

Apparait évidemment Gloria Steinem, icône féministe que l’on ne présente plus, qui a co-créé avec la militante afro-américaine Dorothy Pitman Hughes le magazine féministe Ms.

Le mouvement féministe prend de l’ampleur. Il devient de plus en plus visible et bouscule les idéaux.

La série met réellement en lumière les échanges, les discordes entre les militantes, leurs idées politiques et sociales.

Surtout, elle démontre à quel point il est peu aisé pour les féministes d’avoir un réel poids politique et de lutter efficacement contre le patriarcat – elles n’ont pas toutes les femmes comme alliées…

©Gloria Steinem dans Mrs. America

Mrs. America est donc une série qui met en lumière deux mouvements menés par des femmes qui ont choisi leur camp.

Cette immersion dans les années 70 est passionnante et très enrichissante tant elle livre des clés de compréhension et d’explication sur la société telle qu’elle est aujourd’hui.

On le sait, aucune émancipation de la femme – aussi minime qu’elle soit -ne se gagne aisément.

Chaque évolution sous-tend une lutte de tous les instants.

Où en est l’ERA aujourd’hui ?

Après l’espoir des années 70 pour l’ERA, cet amendement est resté lettre morte depuis 1982 en raison du militantisme acharné des antiféministes.

Il n’a donc pas été ratifié et ne figure pas dans la Constitution américaine.

Cela fait donc plus de quarante ans que les femmes se battent pour cet amendement.

L’ERA est revenu sur le devant de la scène car en janvier 2020, l’état de Virginie l’a ratifié et il est était le dernier état nécessaire à la ratification de cet amendement.

Pourtant, l’ERA ne fait toujours pas partie du paysage constitutionnel. Une bataille judiciaire est née à la suite de la ratification de la Virginie : les dates limites auraient été dépassées et cinq états l’ont révoqué depuis leur vote.

En réalité, on est bien loin d’une égalité constitutionnelle des sexes… Le chemin est encore long.

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L’hibiscus pourpre ou le récit de la construction d’une jeune adolescente nigériane

Quel plaisir de retrouver la plume de la grande Chimamanda Ngozi Adichie, que nous avions déjà découverte avec l’excellent Americanah.

L’hibiscus pourpre est le tout premier roman de l’autrice, dans lequel elle aborde d’importantes thématiques telles que la famille, la construction personnelle, l’amour mais aussi de la violence.

La violence d’une société patriarcale

Tout au long du roman, on suit l’évolution du personnage principal, Kambili, jeune adolescente.

A travers son regard, on découvre à quel point la société nigériane peut être divisée socialement. Kambili vit dans une famille aisée lorsqu’une extrême majorité de la société est précaire et subit de plein fouet la corruption de l’Etat.

Chimamanda Ngozi Adichie a fait le choix de ne pas ménager son lectorat : elle aborde frontalement la question de la violence intra familiale.

Le père, socialement reconnu et religieux, fait preuve d’une violence sans pareille au sein de son domicile, tant à l’égard de ses enfants que de son épouse.

L’autrice démontre le contraste saisissant entre l’image de modèle qu’il renvoie au sein de la société et la réalité effroyable du foyer.

Par le biais de l’hibiscus pourpre, elle décrit avec brio le mécanisme infernal et complexe de l’emprise. L’héroïne nous montre à quel point il est difficile de se construire tant il apparait impossible de dissocier l’idéalisation de la figure paternelle de l’effroi qu’il nous inspire.

« La peur. Je connaissais bien la peur ; pourtant, quand je l’éprouvais, ce n’était jamais la même que les fois précédentes, comme si elle était disponible en parfums et coloris différents.« 

A la découverte d’une autre monde : le séjour chez sa tante

Kambili et son frère parvienne à convaincre leur père de les laisser séjourner chez leurs tantes durant quelques semaines. Ils ne se doutent pas que c’est leur vie qui va changer.

Les enfants découvrent un tout autre mode de vie, où la liberté et la joie de vivre règnent en maîtres. Leur tante Ifeoma est une femme libre et indépendante, qui assume seule la charge de ses enfants, malgré les difficultés et la corruption du Nigéria.

Elle est l’archétype du féminisme, de la puissance féminine. Ifeoma est le personnage qui sert également de modèle dans la construction de Kambili, tant son charisme et sa force sont inspirants.

Le monde chez leur tante est totalement différent de celui dans lequel ils ont toujours eu l’habitude de vivre. On assiste donc à l’évolution des deux enfants et à leur réaction face à des situations qui seraient absolument interdites chez eux.

Si le frère se saisit quasi immédiatement de la liberté à laquelle il a toujours aspiré, Kambili est plus peureuse, réservée. Elle quitte petit à petit l’innocence dans laquelle elle a toujours été bercée.

Toutefois, l’emprise est tellement forte qu’elle les habite même lorsqu’ils sont éloignés de leur père. L’émancipation, si elle apparaît comme nécessaire, est progressive.

« Cette nuit-là, je rêvai que je riais, mais ça ne ressemblait pas à mon rire, même si je ne savais pas à quoi ressemblait mon rire. C’était un rire saccadé, rauque et enthousiaste, comme celui de tatie Ifeoma. »

L’hibiscus pourpre est le roman qui permet de mettre en exergue les différences culturelles et sociales au sein d’une même famille, vivant pourtant dans le même Etat.

Un roman fort et engagé

Une fois de plus, Chimamanda Ngozi Adichie nous livre une oeuvre engagée, dénonçant les violences patriarcales présentes dans toutes les cultures.

Le roman a également une portée politique, puisqu’il est question de corruption qui est omniprésente et des difficultés économiques et sociales auxquelles fait face le Nigéria.

Toutefois, l’autrice a veillé à présenter la culture et les traditions de ce pays afin de ne pas uniquement en dresser un portrait négatif.

Le talent de l’autrice pour conter les histoires est indéniable, d’autant plus qu’elles mêlent l’intime et le politique.

Si l’hibiscus pourpre est l’histoire Kambili et de sa construction en tant que jeune femme, c’est également un roman qui aborde des thématiques universelles.

C’est ce qui fait la force de l’oeuvre d’Adichie : elle écrit sur son histoire, sa culture et cela a des retentissements à une bien plus grande échelle.

Rivage de la colère : l’histoire révoltante et méconnue des Chagossiens

Après l’immense succès de « Et soudain, la liberté » co-écrit avec Evelyne Pisier, Caroline Laurent nous propose son nouveau roman intitulé « Rivage de la colère« .

Elle nous livre ici un drame historique, malheureusement méconnu par l’extrême majorité de la population.

Un récit au coeur des Îles de Chagos

Dans « Rivage de la colère » Caroline Laurent nous plonge dans les îles de Chagos et plus particulièrement au coeur de Diego Garcia.

Archipel rattaché à l’île Maurice, les chagossiens y mènent une vie paisible, bercés par les vagues de l’océan, et cohabitent avec les colons.

L’intrigue débute en 1967, époque durant laquelle l’île Maurice appartenait au Royaume-Uni. Quelques mois plus tard, après 158 ans de domination britannique, l’île Maurice obtient son indépendance.

Cet évènement sonne le glas des premiers bouleversements, pour aboutir à un drame social et historique sans nom.

L’exil forcé de toute une population

Tout au long du roman, on découvre les habitants de Diego Garcia, et tout particulièrement Marie-Pierre Ladouceur, une habitante de l’île qui marche nu-pieds, sans entrave.

Elle vit avec sa famille et fera la rencontre de Gabriel, un mauricien venu seconder l’administrateur colonial en place à Diego Garcia.

Une histoire d’amour naîtra entre ces deux personnages, en dépit des normes et interdits sociaux selon lesquels un Mauricien ne peut avoir d’idylle avec une chagossienne.

En réalité, « Rivage de la colère » s’apparente à tout sauf à une histoire d’amour paisible et inspirante.

Tout bascule à Diego Garcia le jour où des soldats américains arrivent sur l’archipel et ordonne aux habitants de prendre le nécessaire et de quitter l’île.

De quitter leur terre.

Outre l’affolement général et la stupeur qui règne au sein des esprits des insulaires, l’incompréhension demeure. Où vont-ils ?

Après des heures de navigation et d’effroi, le bateau les dépose finalement au large de l’île Maurice. Les chagossiens comprennent finalement la gravité de la situation : iIls n’auront plus le droit de retourner chez eux.

En 1970, l’exil de toute une population a été savamment organisé, à leur insu et de manière définitive. Il y a – à peine – cinquante ans.

De tels agissements semblent irréels tant ils sont aberrants et le symbole d’une domination sans pareille qui perdure siècle après siècle.

« On est toujours le colonisé d’un autre. »

Quand la colère gronde et la révolte est inévitable

Au fil des semaines, des mois, les émotions des chagossiens passent de l’incrédulité à la colère.

Evidemment, les exilés injustement délogés, contraints à la pauvreté, sont profondément en colère.

Peu à peu la révolte va prendre place, tout un peuple va exiger réparation et condamnation des colons.

« Le régime de la souffrance était terminé. »

« Rivage de la colère » retrace tous ces évènements et explique les différentes actions menées par ce peuple ainsi que la difficulté qu’il rencontre à se faire entendre, malgré l’incroyable injustice qu’il vit.

A leur tête ? Une femme. Forte, courageuse, qui ne craint pas de donner sa vie pour son île.

On choisit de quitter sa terre, pas d’être exilé. Pour cette raison, les chagossiens se battront et n’abandonneront pas, même si le combat s’étalera sur cinquante ans.

Une population démunie face à son destin impunément instrumentalisé

Si « Rivage de la colère » est une lecture qui marque, c’est pour la prise de conscience qu’elle insuffle.

Comment de tels actes peuvent-ils être commis ? Pire encore, comment est-ce possible que personne ne les ait empêchés ?

Il s’agit d’un roman qui pose des questions profondes sur la place de chaque être humain, sur la protection effective de ses droits et libertés.

Sur la banalisation d’une domination.

Plus généralement, « Rivage de la colère » nous renvoie à notre méconnaissance du monde tel qu’il est réellement, tant notre conception est ethnocentrée et instrumentalisée.

L’onde de choc est violente et à la suite de la lecture, une question reste en suspend : que savons-nous vraiment ?

A son échelle, ce récit est un hommage à tous les chagossiens, pour l’injustice innommable qu’ils ont vécue, pour leur courage et leur abnégation.

Il met également en lumière le destin d’une femme qui a été un personnage clé dans la révolte des chagossiens.

Entre fiction et réalité, l’autrice a su parfaitement transmettre son message et partager l’histoire de ce peuple démuni.

Evidence dont « Rivage de la colère » est une énième illustration : la littérature demeure une ouverture sur le monde. Elle est indispensable.

« Si les chagossiens avaient été blancs, jamais ils n’auraient été chassés de cette façon. »

Au coeur de la lutte pour l’indépendance de l’Algérie à travers la plume d’Assia Djebar

Les enfants du nouveau monde est un roman écrit par l’autrice Assia Djebar, paru en 1962, l’année de l’indépendance de l’Algérie.

Lorsqu’elle écrit ce récit, Assia Djebar n’a que vingt-cinq ans. Elle deviendra par la suite l’une des autrices les plus célèbres du Maghreb, et pour cause.

Outre sa grande influence en littérature, Assia Djebar a souvent été la première : première femme algérienne à intégrer l’Ecole Normale Supérieure de Paris, première autrice nord-africaine à entrer à l’Académie française en 2005.

Découvrir l’oeuvre d’une figure majeure de l’émancipation des femmes algériennes devient alors presque une nécessité.

Le récit d’une journée durant le printemps 1956

Les enfants du nouveau monde nous présente une journée au coeur d’une ville algérienne durant le printemps 1956. Autrement dit, presque deux ans après l’insurrection.

Ce roman choral, donne la parole à divers personnages de sexe, d’âge, de milieu social absolument différents.

L’autrice y aborde les luttes des citoyens pour l’indépendance de leur pays, le rôle de la police dans la répression de ces dernières, la peur qui s’installe pour la majeure partie de la population.

Chaque personnage sent que le destin de toute sa nation est en proie a un changement radical. Une partie exaltée rêve de ce « nouveau monde », de l’indépendance.

Si la dimension politique est évidemment présente, il n’est mentionné aucun parti politique. L’autrice a fait le choix de rester dans l’allusion, de ne pas s’ancrer dans un militantisme politique.

C’est indéniable, Les enfants du nouveau monde est un roman engagé : il a pour but d’entendre la population et les conséquences psychologiques d’une telle guerre.

La voix donnée aux femmes

Ce qui est remarquable dans le roman d’Assia Djebar, c’est qu’il porte une attention particulière au point de vue des femmes.

« Dans chaque maison où vivent ordinairement quatre à cinq familles, il se trouve toujours une femme, jeune, vieille, peu importe, qui prend la direction du choeur : exclamations, soupirs, silences gémissants quand la montagne saigne. »

L’autrice a choisi de donner la voix aux femmes, aux épouses, aux soeurs, aux mères.

Tout au long du roman, on suit leurs pensées, leurs craintes, leurs espoirs. Les femmes ont joué un rôle important durant cette période, et Les enfants du nouveau monde le rappelle très justement.

Certaines femmes attendent l’amour. L’attente du retour de l’être aimé dont on ne sait pas s’il reviendra un jour, et s’il revient, dans quel état d’esprit. L’attente de trouver l’homme avec qui l’on sera heureuse et épanouie. La recherche de l’ivresse de la jeunesse et de la liberté, au risque de sa réputation.

Si une jeune femme décide de s’engager pour la lutte, d’autres sont déjà mères et doivent préserver leur foyer, perturbé du fait de l’absence du mari.

Pourtant les femmes sont fortes, elles font face à tous les évènements. Elles s’entraident pour s’en sortir, se protègent mutuellement.

Assia Djebar a pris le parti de proposer l’autre point de vue de la lutte pour l’indépendance. Elle décrit la vie de celles qui restent, de celles qui attendent.

De celles dont la vie ne cesse pas avec un départ à la guerre et qui font preuve d’un grand courage.

Les enfants du nouveau monde est indubitablement un roman féministe, attentif à toutes les femmes algériennes, non épargnées par la guerre mais trop souvent oubliées, reléguées au second plan.

La guerre en arrière plan

Les enfants du nouveau monde est un roman sur la guerre, mais il n’en parle pas. Elle est pourtant présente, nourrit toutes les conversations, justifie les arrestations.

De la même façon, l’engagement de la population est clandestin, caché, secret.

Assia Djebar a fait le choix de ne pas se focaliser sur la guerre en tant que telle, de ne pas faire état de toute la violence qui en découle.

Ne nous méprenons pas, les hommes sont présents dans ce roman, tiraillés entre la volonté de se battre aux côtés de leurs concitoyens et la crainte, les doutes qu’un tel engagement implique.

Un style poétique et délicat

Si Les enfants du nouveau monde est un roman magnifique, c’est parce que le style d’Assia Djebar est unique.

Elle réalise une prouesse en nous livrant un roman sur la guerre d’Algérie sans que l’on se confronte à son horreur.

L’écriture est poétique, extrêmement belle. Elle estompe la violence et la gravité de la situation.

Le style d’Assia Djebar a le pouvoir d’adoucir la brutalité décrite, d’apaiser la tension.

Il décuple la force et la beauté du roman.

Les enfants du nouveau monde est un des premiers romans qui s’est emparé de la guerre d’Algérie. Assia Djebar nous livre un récit puissant et engagé.

L’islam au féminin : quand Arte se penche sur la compatibilité entre l’islam et le féminisme

A l’heure où il ne fait pas toujours bon vivre d’être musulman.e eu égard aux nombreuses polémiques et à la recrudescence des actes islamophobes, Arte nous propose un documentaire extrêmement enrichissant et intéressant sur la question d’être musulmane et féministe.

Trop souvent décrits comme antagonistes, ces deux termes sont pourtant parfaitement compatibles d’après une grande partie de femmes musulmanes.

« Rien que le fait d’être une femme induit un combat. »

Des femmes qui se battent pour s’extraire du patriacart

Le documentaire débute avec différents témoignages de femmes artistes qui expriment leur volonté d’en finir avec le patriarcat.

Ces femmes réclament le droit de disposer de leurs corps, l’égalité entre les genres, la liberté d’évoluer dans l’espace public sans la présence d’un père, d’un mari ou d’un frère.

« Les femmes ne sont pas que des corps que vous convoitez sans respect. »

Aujourd’hui, de nombreuses femmes se soulèvent et s’expriment au sujet de l’islam et l’influence de la société sur leur vie quotidienne, sur leurs droits.

©Joumana Haddad dans Islam au féminin

Quelle égalité entre les hommes et les femmes ?

On le sait, la vision européenne de la femme musulmane est très souvent associée à une oppression, à une soumission.

Pourtant, ce documentaire pose à très juste titre la question d’une transposition de la vision occidentale dans les pays dits islamiques. On le comprend aisément, les cultures étant profondément différentes, il est impossible d’envisager de la même manière cette problématique.

Quoiqu’il en soit, les femmes se battent pour leur émancipation et l’affirmation du rôle de l’homme et de la femme, et pour ce faire, elles veulent trouver leur propre voie.

Etre musulmane et féministe

L’islam au féminin est un documentaire qui donne la parole aux femmes musulmanes, ce qui est aujourd’hui extrêmement rare malgré le fait qu’elles soient les premières intéressées.

A travers leur regard et le témoignage de ces femmes, il traite du statut de la femme musulmane et de la problématique qu’elle rencontre pour s’émanciper du régime patriarcal sans pour autant avoir à renoncer à sa foi.

En somme, ce documentaire démontre que le féminisme est compatible avec l’islam. D’ailleurs, de nombreuses femmes musulmanes se définissent comme féministes et expriment leur idéologie.

© Islam au féminin

Chaque individu peut être féministe et militer en faveur d’une égalité en droit et d’une émancipation. Une religion ne saurait enfermer définitivement les personnes, ni les définir.

Surtout, ce documentaire met en exergue la pluralité des féminismes et le paradoxe de certaines idées selon lesquelles les femmes musulmanes sont nécessairement victimes, soumises.

L’islam au féminin replace dans leur contexte toutes les problématiques que rencontrent les femmes musulmanes.

Juste et éclairant, ce documentaire évite toute polémique et permet aux femmes de se livrer.

Personne ne parle ni ne pense à leur place.

« Quand on croit au féminisme, on ne peut exclure aucune femme de ce combat commun. »

L’origine du monde de Liv Strömquist : une oeuvre dédiée au sexe féminin

Si « l’origine du monde » nous fait (presque) automatiquement penser à l’oeuvre de Gustave Courbet de 1886, il est également le titre d’un roman graphique extrêmement connue de Liv Strömquist.

On ne présente plus cette autrice, qui a déjà fait l’objet d’une chronique pour la présentation d’une de ses oeuvres : « Les sentiments du prince Charles ».

C’est donc sans aucune surprise que Liv Strömquist nous livre à nouveau un roman graphique féministe engagé, extrêmement sourcé et toujours teinté d’humour.

Une bande dessinée qui parle de sexe

Bien évidemment, ce titre n’a pas été choisi au hasard par Liv Strömquist.

Dans son roman graphique, il est question du sexe féminin et de la stigmatisation que ce dernier a subi de siècles en siècles.

Liv Strömquist pointe du doigt la méconnaissance généralisée du sexe féminin et le contrôle de l’homme de sa dénomination, à sa représentation en passant par son utilisation.

Dans l’origine du monde, on découvre les théories « des grands hommes » avec stupeur qui n’ont eu de cesse de véhiculer des idées fausses sur le sexe féminin.

La plume acérée de l’autrice dénonce ainsi le comportement et l’impact qu’ont eu de nombreux hommes scientifiques, théoriciens, membre du clergé sur la sexualité féminine dans toutes ses acceptions.

Les philosophes se sont également prononcés sur le sujet, Jean-Paul Sartre a ainsi pu écrire « le sexe féminin… est un appel d’être, comme d’ailleurs tous les trous« . Sans commentaire.

L’autrice dénonce la grande répression sexuelle qu’ont subi les femmes, malgré elles, au fil des siècles.

A bas le plaisir féminin

Tout au long de ce roman graphique, on découvre que la seule dénomination du sexe féminin est problématique puisqu’on ne distingue pas le vagin de la vulve. Plus encore, on réalise à quel point cette question demeure irrésolue puisque cela reste encore compliqué de nommer correctement le sexe féminin, dans la société civile comme dans les manuels scolaires.

Par ailleurs, Liv Strömquist démontre aussi à quel point le plaisir féminin a été occulté, censuré et prohibé, imposant ainsi à la femme de ne pas prendre de plaisir pendant un quelconque rapport sexuel. Seul le plaisir masculin était considéré et toléré, normalisé.

L’autrice fait des allées et venues entre le passé et le présent et le constat reste le même : peu importe le siècle, les théories sont constamment plus aberrantes les unes que les autres qu’il s’agisse du sexe féminin, de la masturbation féminine et du clitoris en tant qu’organe sexuel.

La plume acérée de l’autrice dénonce ainsi l’impact de toutes ces théories sur la répression sexuelle qu’a connu la femme.

Qui dit sexe féminin, dit le tabou menstruations

L’origine du monde s’empare également de la question des menstruations féminines.

Le roman graphique démontre à quel point cela a été diabolisé et instrumentalisé en défaveur des femmes, pour en faire un tabou, une honte.

On le voit encore aujourd’hui, les règles et le sexe féminin demeurent un tabou dans la société. Il suffit de voir les plaintes déposées auprès du CSA après la sortie de la publicité Nana, utilisant des fruits pour imager des vulves.

Cela était considéré comme choquant, c’est dire s’il reste du chemin à parcourir…

Un roman graphique d’utilité publique

On le sait, Liv Strömquist est une féministe engagée et s’exprime à travers ses romans graphiques sur des sujets extrêmement importants comme le mariage, le sexe féminin etc.

L’origine du monde nous livre de précieuses informations historiques et sourcées qui nous permettent de comprendre le monde qui nous entoure.

Cet essai milite pour dénoncer les dégâts qui ont été causés dans le passé par le patriarcat, qui a été jusqu’à la répression sexuelle des femmes.

Il oeuvre également pour rompre avec le passé et entamer une réelle avancer en faveur des femmes et de leurs droits dans la société.

Le style décapant et l’humour de Liv Strömquist sont un excellent moyen d’entrer dans le vif du sujet et de rire tout en se cultivant.

A mettre entre toutes les mains !

Compartiment pour dames : immersion dans la culture indienne

Compartiment pour dames est un roman de l’autrice indienne, Anita Nair, publié en 2001.

Il a révélé l’autrice et est aujourd’hui considéré comme un classique de la littérature indienne.

Akhila, le personnage principal, est âgée de 45 ans. Encore célibataire, elle est au tournant de sa vie. Elle décide de prendre un train seule et se retrouve dans le compartiment pour dames, avec six autres femmes.

Le célibat en Inde : entre échec et liberté

Si Akhila a toujours courbé l’échine et s’est toujours sacrifié pour sa famille, est venu le temps pour elle de penser à elle et de faire le point sur sa vie.

Etre une femme célibataire à quarante cinq ans est très problématique culturellement. Le célibat est souvent synonyme de solitude et d’échec.

Pourtant, Anita Nair va nous démontrer tout au long du livre qu’être célibataire peut s’avérer bien plus bénéfique pour les femmes. C’est en réalité le symbole de l’indépendance et de la liberté.

Compartiment pour dames est donc le roman qui pose la question, trop souvent existentielle : peut-on vivre, être heureuse et s’épanouir sans homme ?

Au coeur de la vie de femmes indiennes

Tout au long du roman, l’autrice nous livre le récit des femmes présentes dans le compartiment pour dames.

La conversation débute avec Akhila qui explique sa situation et l’image que son célibat renvoie.

Débute ainsi un long voyage en train, durant lequel chaque femme raconte son vécu, son histoire. En tant que femme, en tant que mère, en tant qu’épouse.

Chaque femme est profondément différente et suscite la réflexion chez Akhila, qui ne tarde pas à réaliser que la vie n’est pas nécessairement plus simple ailleurs. Etre une femme mariée ne suffit pas, en soi, pour prétendre au bonheur et à l’épanouissement.

Le parti pris de l’autrice de traiter de tous les sujets

Anitar Nair, dans son roman, prend le parti de parler de tous les sujets, même les plus durs et les plus tabous.

Loin d’elle l’idée de nous conter un roman à l’eau de rose. Empreint de réalisme, le récit de chaque femme dépeint une société indienne écrasée par le poids de la tradition et de la culture. Bien évidemment, ces exigences se font notamment au détriment des femmes.

Compartiment pour dames est le reflet du vécu de nombreuses femmes indienne. L’on y parle de viol, de pédophilie, d’avortement, de contraception, mais également d’homosexualité.

Autant de sujet tabous qui sont pourtant bel et bien présents, comme dans toutes les sociétés.

Les femmes sont toujours en première ligne dans ce genre de cas, tant leur place dans la société est minimisée. Une femme violée va d’abord penser à sa réputation gâchée et au fait qu’elle demeurera vieille fille, avant même de penser à une quelconque répression d’un tel acte.

Une femme ne peut raisonnablement songer à avorter, car si elle se rend à l’hôpital, c’est la réputation de la famille entière qui est ternie à jamais.

Anita Nair a su trouver un parfait équilibre, grâce à sa plume, pour nous livrer les récits – trop souvent lourds – de toutes ces femmes.

Une ode à l’émancipation féminine

Compartiment pour dames est un très beau roman, dont la lecture est fluide et passionnante tant les récits s’entremêlent et nous livre des éléments sur la société indienne.

A travers ce long voyage, Akhila s’émancipe peu à peu de tous ces préjugés et devient maîtresse de sa vie.

Parce qu’il s’agit d’un roman émancipateur et libérateur, sa lecture se fait avec un réel intérêt.

Profondément féministe, Compartiment pour dames est finalement un voyage à la découverte de soi.

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