Au coeur de la lutte pour l’indépendance de l’Algérie à travers la plume d’Assia Djebar

Les enfants du nouveau monde est un roman écrit par l’autrice Assia Djebar, paru en 1962, l’année de l’indépendance de l’Algérie.

Lorsqu’elle écrit ce récit, Assia Djebar n’a que vingt-cinq ans. Elle deviendra par la suite l’une des autrices les plus célèbres du Maghreb, et pour cause.

Outre sa grande influence en littérature, Assia Djebar a souvent été la première : première femme algérienne à intégrer l’Ecole Normale Supérieure de Paris, première autrice nord-africaine à entrer à l’Académie française en 2005.

Découvrir l’oeuvre d’une figure majeure de l’émancipation des femmes algériennes devient alors presque une nécessité.

Le récit d’une journée durant le printemps 1956

Les enfants du nouveau monde nous présente une journée au coeur d’une ville algérienne durant le printemps 1956. Autrement dit, presque deux ans après l’insurrection.

Ce roman choral, donne la parole à divers personnages de sexe, d’âge, de milieu social absolument différents.

L’autrice y aborde les luttes des citoyens pour l’indépendance de leur pays, le rôle de la police dans la répression de ces dernières, la peur qui s’installe pour la majeure partie de la population.

Chaque personnage sent que le destin de toute sa nation est en proie a un changement radical. Une partie exaltée rêve de ce « nouveau monde », de l’indépendance.

Si la dimension politique est évidemment présente, il n’est mentionné aucun parti politique. L’autrice a fait le choix de rester dans l’allusion, de ne pas s’ancrer dans un militantisme politique.

C’est indéniable, Les enfants du nouveau monde est un roman engagé : il a pour but d’entendre la population et les conséquences psychologiques d’une telle guerre.

La voix donnée aux femmes

Ce qui est remarquable dans le roman d’Assia Djebar, c’est qu’il porte une attention particulière au point de vue des femmes.

« Dans chaque maison où vivent ordinairement quatre à cinq familles, il se trouve toujours une femme, jeune, vieille, peu importe, qui prend la direction du choeur : exclamations, soupirs, silences gémissants quand la montagne saigne. »

L’autrice a choisi de donner la voix aux femmes, aux épouses, aux soeurs, aux mères.

Tout au long du roman, on suit leurs pensées, leurs craintes, leurs espoirs. Les femmes ont joué un rôle important durant cette période, et Les enfants du nouveau monde le rappelle très justement.

Certaines femmes attendent l’amour. L’attente du retour de l’être aimé dont on ne sait pas s’il reviendra un jour, et s’il revient, dans quel état d’esprit. L’attente de trouver l’homme avec qui l’on sera heureuse et épanouie. La recherche de l’ivresse de la jeunesse et de la liberté, au risque de sa réputation.

Si une jeune femme décide de s’engager pour la lutte, d’autres sont déjà mères et doivent préserver leur foyer, perturbé du fait de l’absence du mari.

Pourtant les femmes sont fortes, elles font face à tous les évènements. Elles s’entraident pour s’en sortir, se protègent mutuellement.

Assia Djebar a pris le parti de proposer l’autre point de vue de la lutte pour l’indépendance. Elle décrit la vie de celles qui restent, de celles qui attendent.

De celles dont la vie ne cesse pas avec un départ à la guerre et qui font preuve d’un grand courage.

Les enfants du nouveau monde est indubitablement un roman féministe, attentif à toutes les femmes algériennes, non épargnées par la guerre mais trop souvent oubliées, reléguées au second plan.

La guerre en arrière plan

Les enfants du nouveau monde est un roman sur la guerre, mais il n’en parle pas. Elle est pourtant présente, nourrit toutes les conversations, justifie les arrestations.

De la même façon, l’engagement de la population est clandestin, caché, secret.

Assia Djebar a fait le choix de ne pas se focaliser sur la guerre en tant que telle, de ne pas faire état de toute la violence qui en découle.

Ne nous méprenons pas, les hommes sont présents dans ce roman, tiraillés entre la volonté de se battre aux côtés de leurs concitoyens et la crainte, les doutes qu’un tel engagement implique.

Un style poétique et délicat

Si Les enfants du nouveau monde est un roman magnifique, c’est parce que le style d’Assia Djebar est unique.

Elle réalise une prouesse en nous livrant un roman sur la guerre d’Algérie sans que l’on se confronte à son horreur.

L’écriture est poétique, extrêmement belle. Elle estompe la violence et la gravité de la situation.

Le style d’Assia Djebar a le pouvoir d’adoucir la brutalité décrite, d’apaiser la tension.

Il décuple la force et la beauté du roman.

Les enfants du nouveau monde est un des premiers romans qui s’est emparé de la guerre d’Algérie. Assia Djebar nous livre un récit puissant et engagé.

2 commentaires sur « Au coeur de la lutte pour l’indépendance de l’Algérie à travers la plume d’Assia Djebar »

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