LA COULEUR POURPRE, OU ÊTRE UNE FEMME AFRO-AMÉRICAINE DURANT LA SÉGRÉGATION RACIALE

Publié en 1982, La couleur pourpre d’Alice Walker ne vieillit pas et il est toujours grand temps de le découvrir ! Ce roman s’empare avec brio de la question de la condition – ou non-condition – de la femme afro-américaine du sud des Etats-Unis des années 30.

Roman épistolaire: lettres  » au cher bon Dieu »

Nous sommes en 1930 et la ségrégation raciale perdure. Célie et Nettie sont deux soeurs qui ont grandi ensemble sous l’égide d’un père extrêmement violent. Malheureusement, Célie a été mariée de force et a été immédiatement séparée de Nettie. Ignorant tout de sa nouvelle vie de missionnaire en Afrique, Célie ne passe pas une journée sans penser à sa soeur et à rêver de leurs retrouvailles.

Ne pouvant s’adresser à sa soeur et lasse de son isolement, Célie décide d’écrire au Bon dieu et d’exprimer ses sentiments. A qui d’autre, sinon ?

L’intrigue se déroule au fil de ces lettres, grâce auxquelles on découvre le quotidien de Célie qui mène une vie où il ne fait pas bon vivre d’être une femme, encore moins d’être une femme noire.

L’omniprésence de la violence et du racisme

Célie se voit mariée à un homme qu’elle n’a pas choisi et qu’elle appelle « Monsieur ». Puisqu’un bonheur n’arrive jamais seul, il s’agit d’un homme violent. Pourtant, le plus surprenant, c’est que Célie n’est pas choquée de ce comportement inadmissible, elle ne s’en étonne pas. C’est dire si les violences conjugales sont banalisées à cette époque-là…

Dans les lettres qu’elle rédige, l’héroïne partage son quotidien avec ses propres mots. Très peu érudite, Célie écrit comme elle parle. Elle nous partage ses pensées : le manque de sa soeur Nettie, le désamour éprouvé à l’égard de son mari, son quotidien de femme au foyer.

Tout au long de la lecture, les personnages subissent la ségrégation raciale qui sévit encore malgré l’abolition de l’esclavage. Certaines situations sont donc réellement révoltantes et apparaissent surréalistes. On l’aura deviné, le racisme est omniprésent et la condition des noirs dramatiques.

La couleur pourpre s’empare de la question de la vie des femmes noires et dénonce leur condition, réduite presque au néant. Ce roman épistolaire dévoile une partie sombre de l’Histoire, durant laquelle la population noire est déracinée, maltraitée, avilie.

Sous la légèreté du style de Célie se cache de grands sujets poignants : l’autrice nous livre ici le récit de toute une population, ses contraintes, son non-statut. Son engagement transparait au fil des pages, donnant ainsi encore plus de poids au récit.

La rencontre de personnages féminins forts

Pour combler sa solitude, des femmes vont apparaitre dans la vie de Célie. D’abord, elle va rencontrer Shug, l’insoumise, l’indépendante, l’inconventionnelle. C’est une femme libre sexuellement, une chanteuse qui porte des pantalons et qui danse dans des bars. Célie va vouer une admiration sans faille à Shug, un amour passionné, dont elle va s’inspirer peu à peu pour s’affranchir de certaines de ses contraintes.

Célie va également se lier d’amitié avec Sofia, la belle-fille de Monsieur, au fort caractère et au tempérament de feu.

Ces deux personnages féminins sont extrêmement puissants et inspirants pour Célie, qui découvre alors une autre manière de s’exprimer, de vivre. L’héroïne découvre ce qu’est le choix et le libre arbitre. Elle s’initie même à l’amour, à la sexualité.

Forte de ces influences, l’héroïne va peu à peu s’affirmer en tant que femme.

Surtout, Célie va se trouver une passion dans laquelle elle excelle et qui va lui permettre de s’accomplir, de trouver un sens à sa vie. De s’émanciper petit à petit de l’emprise de son mari.

Un roman engagé s’inscrivant dans l’oeuvre d’une autrice militante

Forte de son militantisme pour le féminisme et pour les droits civiques des noirs américains, Alice Walker nous livre ici une oeuvre engagée que l’on ne peut oublier.

Si la littérature ouvre de nouveaux horizons, elle n’en est pas moins un vecteur d’idées, d’idéaux. La couleur pourpre est un magnifique roman épistolaire, une ôde à l’émancipation des femmes afro-américaines.

Même si on ne la présente plus, il s’agit d’une oeuvre à découvrir car une chose est sûre: la magie opère.

« Des hommes violents », un podcast à ne pas manquer

Une fois n’est pas coutume, certains podcasts méritent d’être mis en lumière.

« Des hommes violents » fait indéniablement partie des podcasts qui ont marqué la fin de l’année 2019. Produit par France culture, c’est une série documentaire qui s’empare de la question des violences faites aux femmes. Le réalisateur a choisi de rencontrer douze hommes, auteurs des violences conjugales afin de mieux les cerner et de comprendre qui ils sont.

Une immersion passionnante

Le réalisateur, Mathieu Palain, s’est rendu dans un groupe de parole constitué de douze hommes violents condamnés par la justice, tous d’origine sociale différente. Cette immersion lui a permis de les écouter et de suivre leur avancée, séance après séance. Au fur et à mesure, il découvre ce que ces hommes pensent, comment ils se perçoivent eux-mêmes et justifient leurs actes entre déni, réaffirmation et explications.

Lorsque l’on comprend que la violence n’est pas perçue comme telle par les agresseurs…

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les condamnés ont du mal à reconnaître les faits et à se considérer comme agresseurs. On voit alors difficilement comment ils peuvent admettre qu’ils sont violents et que c’est intolérable…

Ce podcast donne la parole à ces hommes ce qui permet une approche différente de celles des documentaires qui tentent d’expliquer la violence et la condamnent. Il paraît évident que de tels agissements sont inadmissibles: ce qui est intéressant, c’est d’entendre les agresseurs en parler. De réaliser à quel point ils peuvent être déconnectés de la réalité, à quel point la violence est reproduite de générations en générations.

Lors du premier épisode, chaque homme clame son innocence et tente de minimiser ses actes. Néanmoins, certains vont évoluer positivement, d’autres pas. C’est tout ce cheminement que ce podcast nous offre, agrémenté des recherches du réalisateur et du rôle des coordinatrices du groupe.

« Des hommes violents » met également en lumière l’histoire de trois victimes qui se livrent sur leur vécu. Comment commencent les violences ? Comment s’installent-elles par la suite ? Quand est ce que l’on prend conscience que c’est anormal et comment y met on fin ? Quand est ce que l’on réalise que les relations sexuelles sont des viols ? Toutes ces questions sont soulevées par ce podcast qui démontre à quel point la violence peut être insidieuse et poindre petit à petit, à quel point la situation est difficile voire inextricable pour certaines victimes.

Un podcast engagé et engageant

Le travail réalisé pour ce podcast est colossal. Ce documentaire est d’utilité publique, à l’heure ou 147 féminicides sont décomptés, face à l’attentisme le plus complet de l’Etat.

Les violences conjugales n’est pas un sujet qu’il faut sous traiter, bien au contraire. Elles concernent toutes les classes sociales et tous les âges. « Des hommes violents » nous propose l’histoire de douze hommes agresseurs et de trois femmes victimes, mais il raconte en réalité l’histoire de milliers de personnes. Il pointe une réalité parfois sous estimée, face laquelle on se sent souvent désarmé.e.

Ce podcast est d’une justesse remarquable et traite un sujet brûlant d’actualité à la source : qui sont les hommes violents ? Surtout, après une condamnation, peuvent ils évoluer, se repentir, changer ?

A l’heure de #metoo, ce documentaire remet en question la masculinité et les rapports de genre.

« Des hommes violents » propose six épisodes de moins de trente minutes. Trois heures de son temps pour mieux appréhender un fléau sociétal. Cela peut valoir la peine, non? Ne serait-ce que par curiosité.

La servante écarlate : LA SUITE !

Depuis 1985, La servante écarlate de Margaret Atwood n’avait connu aucune suite, au plus grand dam de ses lecteur.ices. Plus de trente ans plus tard, l’autrice nous l’offre enfin avec Les testaments.

Détour (nécessaire) sur le premier tome : La servante écarlate

Si La servante écarlate a connu un si grand succès lors de sa sortie et connait un tel regain de popularité ces dernières années, c’est parce que l’autrice nous livre ici une oeuvre dystopique qui glace le sang de par le réalisme de la République de Galaad.

Dans cette oeuvre, on suit Defred, une servante. C’est à travers son regard que l’on évolue au fil des pages et que l’on prend conscience de l’ampleur du phénomène de Galaad. Au sein de cette République, la religion est omniprésente et régit tous les rapports entre les individus. Les femmes sont totalement asservies et divisées plusieurs catégories: les Epouses, les Marthas, les Tantes et les Servantes.

Le rôle des servantes est clair: pour faire face au taux extrêmement faible de natalité, l’avortement est proscrit et leur rôle est la reproduction humaine. Chaque famille est dotée d’une servante, qui est jugée fertile et qui doit mettre son corps au service d’un Commandant et de son épouse.

La servante écarlate raconte l’histoire de Defred en tant que servante, son quotidien au sein de Galaad, son extrême soumission et dépendance aux autres individus, tant physique que morale. Grâce à ses souvenirs, on découvre également son passé, sa famille au sein de laquelle figurait son époux et sa fille, de qui elle a été brutalement séparée et dont elle ignore tout. Sa vie est entièrement consacrée à la satisfaction des désirs de la famille à laquelle elle est assignée: elle a le choix entre ressasser le passé et rêver de liberté…

La création d’un monde pas si irréaliste…

Dans ce roman dystopique, Margaret Atwood a signé une oeuvre effrayante et s’est magistralement emparée de la question de la condition de la femme et de ses droits. Par le biais d’un monde a priori surréaliste et inenvisageable, elle démontre à quel point les libertés sont fragiles et peuvent être totalement abolies. Ce roman est encore actuel, tant il résonne fortement avec les régressions auxquelles on fait face dans de nombreux Etats…

Les testaments: l’immersion au sein de Galaad

Après tant d’années d’attente, Margaret Atwood publie enfin une suite à La servante écarlate. Dans ce second tome, nous sommes quinze ans après et on entre enfin dans la République de Galaad, par le biais de trois personnages féminins. Deux d’entre elles sont des adolescentes, dont l’une a grandi dans Galaad en étant la fille d’un Commandant très riche et l’autre au Canada, qui combat Galaad et son existence. S’ajoute la troisième femme qui est une Tante, l’un des bourreaux du régime qui a contribué à sa création et qui veille à son bon fonctionnement.

La République de Galaad en danger

Les testaments livre les secrets de Galaad, dévoile ses rouages et la corruption qui la gangrène. Ce régime menace de tomber, le Canada fait son maximum pour le décribiliser et le dénoncer. Il recueille toutes les personnes qui ont réussi à s’enfuir et leur offre une protection. Plus encore, une organisation secrète d’infiltré oeuvre quotidiennement pour démanteler cette République et libérer cette population opprimée: « Mayday ».

Ce roman s’empare clairement de cette lutte et chacune des héroïnes, à sa manière, va contribuer à la fragilisation de ce régime. On l’aura compris, leur rencontre va bousculer bien des choses…

Une fenêtre sur Galaad et son fonctionnement

L’aspect le plus important de ce deuxième tome concerne la possibilité de comprendre le fonctionnement de Galaad, de sa création à son régime actuel, le rôle de chacun des protagonistes.

Ainsi, on comprend très vite que Galaad a été construit dans la terreur et la violence, arrachant les individus de force de leur vie en les menaçant de mort. Chaque personne a été assignée à un rôle : les Epouses sont les femmes des Commandants, les hommes riches et puissants; les Marthas, qui s’occupent des tâches ménagères chez les Epouses; les Econos, les femmes des commandants pauvres, et les servantes, qui sont serviles et dont le corps ne sert qu’à se reproduire. Il y a enfin les Tantes, qui sont éternellement célibataires et consacrent leur vie à étudier, à oeuvrer pour le bien de Galaad. Elles sont également les institutrices des enfants: elles sont le relai quotidien des principes abjects de cette République. Enfin, il y a les Perles, qui sont des Tantes en devenir et qui ont pour mission principale d’aller à l’étranger pour faire oeuvre de prosélytisme et de recruter des nouvelles personnes.

Les Tantes jouent un rôle extrêmement important puisqu’elles ont contribué à la création de cette République et en connaissent les moindres secrets. Dans Galaad, tout est filmé, rapporté, entendu: clin d’oeil à Big Brother de 1984.

Si le second tome est passionnant, c’est pour cette fenêtre qu’il ouvre sur Galaad, pour le destin croisé de ces trois femmes.

Le régime instauré fonctionne grâce à la corruption et à une violence constante et insoutenable: Margaret Atwood démontre en cela qu’il ne s’éloigne pas tellement des régimes que l’on connait aujourd’hui.

Un roman favorisant l’émancipation des femmes

Ce qui est indéniable, c’est que Les Testaments met en exergue trois femmes, au passé entièrement différent, qui vont tout faire pour s’accomplir et se battre pour leurs convictions, quitte à être en illégalité et en contradiction avec les principes généraux de Galaad. Quitte à risquer leur propre vie.

Ce roman est une lutte initiée et menée par des femmes, ce qui n’est que le juste retour des choses: les opprimées décident de ne plus accepter l’ordre établi à leur détriment, de ne plus se soumettre, de ne plus subir. Mais quel est le prix de cette témérité ?

Cette duologie de Margaret Atwood traverse les décennies et reste on ne peut plus contemporaine. Son actualité est saisissante : si les libertés sont acquises, elles ne sont pas de facto éternelles. Il faut oeuvrer pour qu’elles le restent.

AMERICANAH: UNE HISTOIRE D’AMOUR, UN ROMAN DE VIE

Désormais œuvre incontournable de la littérature, Americanah nous conte une magnifique histoire d’amour et s’empare de la question du féminisme et du racisme.

Chimamanda Ngozi Adichie, l’autrice de ce roman, nous offre un voyage littéraire hors-pair. A travers sa plume drôle et engagée, on se plonge avec bonheur dans la vie d’Ifemelu dont on suit avec passion l’évolution, entre les Etats-Unis et le Nigéria. 

Chimamanda Ngozi Adichie scelle avec Americanah son roman le plus abouti, d’une justesse et d’un réalisme poignants.

Americanah, une merveilleuse histoire d’amour

Le roman est construit sur une opposition en ce que l’on suit à la fois Ifemelu, personnage principal et Obinze. Entre eux, une grande histoire d’amour est née lors de leurs années lycée au Nigéria et rien ne laissait présager une séparation.

Pourtant, Ifemelu part aux Etats-Unis pour ses études et Obinze est censé la rejoindre. Rien ne se déroule comme prévu et Ifemelu va passer près de quinze ans aux Etats-Unis, en perdant de vue son grand amour.

Ce n’est qu’à son retour au Nigéria qu’ils reprennent contact et que le passé ressurgit brutalement pour ces personnes qui ont grandi et muri, qui ont désormais construit leur vie.

Americanah nous raconte à la perfection leur relation, leur histoire et leurs émois, sans jamais tomber dans le cliché. Leur histoire est réaliste et démontre avec brio la difficulté de se construire à deux lorsque les destins se séparent, lorsqu’il faut partir à l’autre bout du monde pour étudier.

Après quinze années séparés, et des vies totalement différentes, Ifemelu et Obinze peuvent-ils se retrouver ?

La question prégnante de la race

Sous ces airs de romance, Americanah s’empare de la question de la race. Ifemelu quitte son pays natal et se retrouve confrontée aux Etats-Unis à des problématiques qu’elle n’avait pas soupçonnées auparavant, comme le simple fait d’être noire et d’être discriminée pour cette unique raison.

Dans ce pays profondément marqué par le racisme, Ifemelu découvre jour après jour l’importance de la race et les conséquences qui en découlent pour les minorités, tant politiques que sociales et idéologiques. Elle décide donc d’observer et de décrypter tous ces enjeux dans son blog Raceteenth ou observations diverses sur les noirs américains par une noire non-américaine. Ce blog est anonyme mais marque un tournant dans la vie d’Ifemelu, qui refuse de rester passive et aborde frontalement les questions de race.

Ses billets sont percutants, parfois incisifs mais criants de vérité. La race n’est pas un non-sujet même si elle le devrait.

Americanah c’est la prise de conscience brutale d’une héroïne des fléaux d’une société ancrée politiquement dans une hiérarchie entre les personnes. C’est aussi l’engagement d’Ifemelu et en filigrane de l’autrice, d’essayer d’éveiller les mentalités à ces problématiques en dénonçant et condamnant de tels idéaux et agissements.

Surtout, Ifemelu milite pour l’acceptation de soi, de son corps et notamment de ses cheveux. Elle refuse de se conformer aux codes de beauté et arbore ses cheveux naturels avec fierté, ce qui est un message fort de sens dans la société actuelle.

Une œuvre féministe

Chimamanda Ngozi Adichie est féministe et ne s’en cache pas, Americanah, tout comme le reste de ses romans, en est la preuve tangible.

Ifemelu prend sa vie en main, elle est maîtresse de son destin. Ses histoires d’amour le démontrent parfaitement, en ce qu’elle choisit de ne pas être comme toutes ses amies ou bien comme sa tante Uju, c’est à dire de dépendre financièrement d’un homme pour vivre. Le mariage n’est absolument pas une fin en soi pour elle, malgré les coutumes et les traditions.

Ifemelu est une femme libre et indépendante, qui agit en accord avec elle-même, tant d’un point de vue personnel que professionnel. Elle n’est l’ombre d’aucun homme et suit ses désirs et intuitions. Elle se réalise en tant que femme, et non en tant qu’épouse de.

Americanah, une œuvre engagée à (re)découvrir de toute urgence

Chimamanda Ngozi Adichie traite par le biais de sa plume de sujets contemporains, la race, la condition de la femme, le rêve américain et balaie le politiquement correct.

Elle a su pointer les failles de cet Etat dont tout le monde rêve, ainsi que celle de son propre pays. Elle a surtout su démontrer que l’immigration peut évidemment être forcée, notamment en raison de guerre ou d’extrême pauvreté, mais également voulue. Que certaines personnes ont le droit de ne pas se satisfaire de l’avenir que leur propose leur propre pays et souhaitent se réaliser ailleurs, là où le champ des possibles s’élargit. Pour cela, l’autrice nous rappelle qu’il faut l’accepter et aller au-delà du jugement bien trop courant selon lequel des personnes partent dans des pays riches car ils fuient la misère qu’ils vivent au quotidien. Non, l’immigration peut aussi être la recherche d’une autre vie, d’une « quête de mieux ».

Americanah est une oeuvre indubitablement engagée que la plume de l’autrice rend délicieuse, drôle, percutante. Son style est direct sans être tranchant, juste sans être virulent.

Les mots de l’autrice sont extrêmement importants, tout comme la réflexion qu’elle nous apporte à travers l’histoire d’Ifemelu, qui est en partie son histoire personnelle aussi.

On est triste de refermer ce roman, qui nous transporte dès la première page et au fil duquel on suit avec passion les aventures des personnages. La lecture de la dernière page ne peut que nous arracher un sourire mélancolique.

Americanah est un roman qui ne peut laisser indifférent.e.

Pour Sama de Waab Al-Kateab et Edward Watts

Un combat pour la Syrie, pour Alep

© Affiche du film Pour Sama

Pour Sama est le premier documentaire réalisé par Waab Al-Kateab et Edward Watts. Présenté lors de la dernière édition du Festival de Cannes, il a reçu le prix de meilleur documentaire. A travers la caméra de Waab Al-Kateab, ce film raconte l’histoire d’un pays en guerre, d’un peuple désarmé, mais surtout le destin d’une famille engagée. 

En 2011, Waab Al-Kateab vit avec son mari chirurgien à Alep, capitale syrienne, lorsque la guerre éclate. Jeune femme engagée, elle décide de filmer leur quotidien, afin de livrer un témoignage authentique, vu de l’intérieur. Pour Sama est un documentaire dédié à sa fille afin qu’elle comprenne son choix de rester en Syrie, malgré les bombardements permanents et l’effondrement de son pays.

L’horreur de la guerre : des images choc

Tout au long du film, la réalisatrice nous partage ses journées qu’elle passe à l’hôpital où exerce son époux et commente les évènements en s’adressant directement à sa fille. Le spectateur est confronté à la guerre, il regarde avec effroi les images qui défilent et qui ne sont que le reflet d’une réalité pour toute une population, presque un jour ordinaire à Alep. Waab Al-Kateab a pris le parti de nous montrer le conflit syrien, sans concession ni ménagement. Elle nous invite à réfléchir sur le sort des civils dans un tel contexte.

Le dévouement d’une famille syrienne pour son peuple

La réalisatrice a choisi de rester à Alep avec son mari, en dépit de la naissance de sa fille, car ils se définissent comme des résistants syriens. Ils refusent de quitter la capitale et se mobilisent pour aider et secourir leurs concitoyens, malgré la peur et les menaces pour leur vie et celle de leur fille. Ils s’opposent au régime en place et ils ne sont pas seuls. Leur engagement est profond et force l’admiration. Pour Sama est un message puissant d’humanité et de solidarité.

Un récit bouleversant d’une mère à sa fille

Ce documentaire a le mérite de ne jamais tomber dans le pathos ni dans la surenchère de scènes choquantes, bien au contraire. Il est conçu comme une lettre d’une mère à sa fille, qui lui explique les premières années de sa vie et le rôle qu’ont joué ses parents durant la guerre civile qui a décimé une partie de la population syrienne. Touchant, empreint d’amour et d’espoir, ce film raconte également l’histoire d’une famille et de ses instants de bonheur et de joie, entourée d’amis et de proches mobilisés pour la même cause. Waab Al-Kateab a fait le choix d’élever sa fille dans cet environnement hostile et peu propice à son épanouissement et lui témoigne tout son amour grâce à son discours émouvant et poignant.

L’exil est-il inévitable ?

La question de l’exil est omniprésente : on se demande tout au long du film s’il sera possible pour eux de rester, pour son mari de continuer à exercer et sauver des vies. Le spectateur réalise clairement l’attachement d’une population à son pays, la difficulté de partir tant cela reviendrait pour eux à abandonner, à se désolidariser de la situation. L’immigration est souvent contrainte et un ultime recours, quand il n’y a plus d’autre choix possible. Pour Sama nous montre à quel point partir est un déchirement pour les populations, profondément attachées à leurs racines, délogées de force.

Le courage de la réalisatrice

La réalisatrice a non seulement fait le choix de résister, mais également celui de filmer la guerre au jour le jour pendant des années. Sa volonté de dénoncer les exactions commises est sans faille. Elle fait face à la destruction d’Alep, aux blessés, à la mort et nous partage son vécu. Son courage est immense. Elle est parvenue à filmer toutes ces années mais surtout à produire ce film, conformément à sa volonté première : garder toute son authenticité. Cette femme témoigne et s’engage par le biais de ce documentaire qui ne nous laisse pas indemne. 

Pour Sama n’est pas un énième film sur le Moyen-Orient, c’est l’histoire personnelle d’une famille, portée à la caméra par une femme engagée et déterminée. Plus largement, c’est le sort d’une population en guerre, qui s’entraide et puise dans toutes ses ressources pour s’en sortir. Paradoxalement, c’est un condensé d’humanité.

S’il ne fallait retenir que trois mots de ce documentaire : engagement, amour, solidarité.

Pourquoi « Féministah » ?

« Soyez vous-même, les autres sont déjà pris. »

— Oscar Wilde.

Quoiqu’on en dise, on a tous des causes qui nous tiennent à coeur et sur lesquelles on souhaite s’exprimer librement.

Parfois, on est tellement passionné.e que l’on a envie que tout le monde puisse connaître ce livre incroyable que l’on vient de terminer, ce podcast absolument génial que l’on vient d’écouter ou encore ce film bouleversant que l’on vient de visionner.

Et, si une oeuvre, un média, une actualité, te bouleverse, ta première volonté c’est d’en parler et de la partager.

« Féministah » c’est un néologisme, né du mélange entre féministe et l’ironie du « a » comme fashionista, comme si l’on pouvait trouver un nouveau mot à la mode pour décrire le fait d’être une femme féministe engagée.

« Féministah » également pour faire écho à Americanah, cette oeuvre qui a changé ma vie et qui a été le déclic pour la création de ce blog, dont l’idée germait depuis des mois.

Ce blog sera un fourre-tout, dans lequel j’écrirai et rédigirai des articles régulièrement au gré de mes lectures, des épisodes de podcasts écoutés, de l’actualité, des films vus…

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