« Douleur » de Z. Shalev, où la complexité d’être femme, mère et épouse

Zeruya Shalev est une autrice israëlienne qui connait une grande notoriété depuis une vingtaine d’années.

Douleur est un roman publié en 2017, dans lequel Zeruya Shalev poursuit dans sa lignée de sonder l’intimité des êtres.

Il s’agit d’un roman complexe, difficile à résumer tant de nombreux sujets y sont abordés. Dès les premières pages on plonge dans l’univers de l’autrice, au style pur et poétique.

Iris, femme rescapée d’un attentat terroriste

Le roman débute avec le personnage principal, Iris, qui revient sur un épisode traumatisant de sa vie. Dix ans auparavant, elle a été victime d’un attentat terroriste. Grièvement blessée, s’en est suivie une longue période d’hospitalisation et de reconstruction, tant physique que morale.

Iris a survécu, est parvenue à retrouver un semblant de vie avec sa famille, devenir directrice d’école, maitriser son quotidien.

Dix ans plus tard, la douleur se réveille et devient omniprésente.

L’autrice narre avec justesse et précision la douleur d’Iris, qui s’insinue dans chaque partie de son corps. Elle raconte la difficulté de se reconstruire après un tel drame, en tant que femme, en tant que mère.

Le titre du roman trouve tout son écho avec la douleur physique que ressent le personnage principal au moindre de ses gestes.

Douleur comme surnom du premier amour

Iris est une femme mariée et la mère de deux enfants.

Un jour où la douleur devient insupportable, elle se rend avec son époux à l’hôpital afin de trouver un quelconque remède pour l’apaiser.

Elle rencontre par hasard Ethan, son premier amour avec lequel elle a vécu une histoire incroyable, qui est devenu un grand médecin. Ensemble, ils ont vécu une histoire intense, durant laquelle Iris l’a soutenu à toutes épreuves.

Persuadée qu’il était l’homme de sa vie, Iris tombe dans une profonde dépression, qui durera suffisamment longtemps pour alerter son entourage.

Tant bien que mal, grâce à sa force, elle parvient à sortir de sa léthargie et construit sa vie professionnelle et familiale.

Cette rencontre vingt ans plus tard bouleverse le cours de cette vie qu’elle est finalement parvenue à construire. L’équilibre tant recherché est instantanément fragilisé.

Iris décide de rencontrer Ethan et immédiatement le feu de leur idylle passé se ravive. Envers et contre tout. Envers leur famille respective, envers les obligations professionnelles. Contre la morale et la paix des familles.

Elle décide de nommer Ethan « Douleur » dans son téléphone. Un tel surnom ne peut être anodin tant il est fort de sens. Revoir cet homme et revivre une histoire avec lui rappelle malgré tout la douleur que la rupture a causé. La douleur de l’abandon.

Les retrouvailles comme une évidence

Iris ne peut se résoudre à cesser cette histoire d’amour avec Ethan qui, selon elle, n’aurait jamais du cesser.

Attachée à son époux, Iris réalise à quel point elle a construit sa vie sans connaitre la passion amoureuse. Elle ne s’épanouit plus avec ce dernier, toujours éprise d’Ethan.

Douleur est également le roman qui questionne l’amour marital, son évolution au gré des années, avec la naissance d’enfants et des nouvelles obligations.

Il met également en exergue la difficulté pour les femmes de choisir leur bonheur personnel à la stabilité familiale. Le dilemme est réel et la culpabilité constante.

L’autrice a su décrire les émotions qui traversent Iris à ce sujet-là : comment conjuguer sa vie personnelle et familiale à ses désirs profonds ? Doit-on choisir la raison au détriment de son propre épanouissement ? Peut-on vraiment anticiper la réaction de ses proches dans un tel cas de figure?

Douleur ouvre une réelle réflexion et le style de l’actrice rend hommage à la complexité de l’introspection d’Iris.

La douleur d’une mère face à son impuissance

La douleur est triple puisqu’Iris et son époux font face à la détresse de leur fille, qui change radicalement après avoir quitté le cocon familial.

Iris s’inquiète depuis déjà quelques temps de la santé mentale de sa fille, mais elle faisait face au déni de son époux qui n’avait de cesse de minimiser la situation.

Lorsqu’elle décide de prendre les choses en mains, ils réalisent qu’il s’agit d’une situation sérieuse et qu’il importe d’être présent pour leur fille.

Iris, qui n’a jamais été très proche de sa fille, qui n’a jamais réellement su comment se comporter avec elle, peine à trouver les bons mots et le comportement adéquat.

Douleur est aussi le roman qui met en lumière la difficulté d’être parent, d’être suffisamment présent et rassurant sans étouffer l’enfant, sans le braquer et risquer de le perdre.

Iris mène ce combat en parallèle de son idylle avec Ethan. Elle est une femme de quarante ans aux prises entre ses devoirs de mère et son envie de profiter de ses retrouvailles, de rattraper le temps perdu.

Le roman qui rappelle que la femme parfaite n’existe pas

Zeruya Shalev a surtout su s’emparer de la problématique rencontrée par beaucoup de femmes : être à la fois une femme, une épouse et une mère.

Tout au long du roman, elle a su nous plonger au coeur de l’intimité d’Iris. On suit ses tourments, la contradiction de ses sentiments.

Sur fond politique et au coeur d’un Etat en crise, les personnages mènent leur vie du mieux qu’ils le peuvent et rencontrent les mêmes problématiques que partout ailleurs.

Douleur donne une voix à la femme. Zeruya Shalev trouve les mots justes pour exprimer les choix qu’Iris doit opérer tout au long de sa vie pour rester sur tous les fronts, là où on l’attend. 

Ce roman est empreint d’un grand réalisme.

Un roman aux problématiques contemporaines

Douleur a le mérite ne tombe ni dans le pathos ni dans le cliché. C’est ce qui en fait la beauté.

L’autrice a un talent incroyable : sa plume nous plonge avec subtilité et poésie dans l’introspection de ses personnages, dans leur intimité.

Elle traite de sujets on ne peut plus contemporains : l’amour, la famille, la fidélité, la reconstruction. Etre une femme.

Parce qu’il demeure très difficile de parler de ce roman tant il est profond et diffère de ce dont on a l’habitude de lire, il importe de découvrir l’oeuvre et la plume de Zeruya Shalev.

Pour sa pureté mais surtout pour la justesse avec laquelle il s’intéresse à la complexité de s’épanouir en tant que femme, épouse et mère, Douleur est un magnifique roman.

Le silence d’Isra : deux générations de femmes face au poids de la tradition

Lorsque l’on referme ce roman, il semble impossible de ne pas ressentir une multitude d’émotions tant il est puissant.

Un roman à deux voix

Etaf Rum signe son premier roman avec Le silence d’Isra. L’intrigue se construit avec les voix d’Isra, dans les années 1990, et de Deya, sa fille, en 2008.

En 1990, Isra est une jeune palestinienne de dix-sept ans mariée de force et émigre malgré elle aux Etats-Unis, dans la famille de son époux, également palestinienne.

Isra a toujours refusé de se marier si jeune et préférait se réfugier dans la lecture, pour découvrir un monde plus paisible, où le champ des possibles s’élargissait.

La vie aux Etats-Unis n’a rien de magique, bien au contraire. Isra est immédiatement coupée du monde extérieur et ses journées sont dédiées aux tâches ménagères et à la satisfaction de son époux.

Très vite, Isra donne naissance à une fille, puis deux, puis trois, puis quatre. Sa belle famille et surtout sa belle-mère n’ont de cesse de lui répéter qu’il faut qu’elle ait un fils, pour ne pas entacher la réputation de la famille. En vain. Le déshonneur est inévitable.

Parmi ses quatre filles, il y a Deya, sa fille aînée. Dans le roman, on la découvre a dix huit ans, l’âge pour elle de se marier, pour suivre la tradition arabe. Le fait d’être citoyenne américaine n’influe en rien sur la culture et les diktats du mariage.

Comme sa mère, Deya refuse de se marier. Eprise de littérature, elle veut étudier à l’université, pour ne pas avoir le même destin que sa mère, esseulée et recluse. Condamnée à épouser un homme inconnu pour qui les violences conjugales se transmettent par mimétisme.

Le poids insupportable des traditions

Le silence d’Isra démontre parfaitement la difficulté pour de nombreuses familles de s’affranchir de certaines traditions, d’évoluer dans son environnement.

Isra est palestinienne mais elle vit aux Etats-Unis : elle ne connaîtra jamais les possibilités qu’offre ce pays, elle ne jouira jamais des droits dont bénéficient les femmes américaines. En aucun cas elle ne s’identifie à une américaine et n’ose rêver mener une vie en adoptant le mode de vie américain.

Deya, qui est née aux Etats-Unis et qui y a été scolarisée, subit les mêmes interdictions. Sa grand-mère n’a de cesse de lui répéter qu’elle n’est pas américaine. Elle est arabe et ne doit jamais l’oublier. L’adolescente ne doit pas s’imaginer vivre sa vie autrement que ce que dicte leur tradition.

On comprend alors clairement que malgré le lieu choisi pour vivre, la tradition reste la plus forte. Les cultures arabes et américaines semblent antinomiques et leur complémentarité parfaitement impossible. Les femmes demeurent soumises à un mode de vie et ne peuvent s’affranchir de certaines règles.

La condition de la femme décrite est criante de vérité. Il ne fait pas bon vivre de naître femme, cela sonne presque comme une condamnation, une sentence. Etre une femme est synonyme de dévotion et d’oppression, de soumission à l’Homme.

Toutes les femmes de ce roman en sont victimes et cherchent, en adéquation avec leur personnalité, à se défaire de ce non-statut. Pour Isra, il s’agira de se réfugier dans le silence, pour Deya, de trouver la force de défier ses grands-parents, pour Sarah, de se rebeller ouvertement.

Le silence d’Isra dépeint avec justesse l’oppression des traditions, qui perdure de générations en générations malgré l’immigration. La perpétuation du dénigrement de la femme.

L’élan de libération de Deya, un hymne pour toutes les femmes opprimées

Deya refuse de se marier si tôt, à un homme qu’elle ne connait pas. Elle va trouver la force de s’opposer à ses grands-parents, qui ne cessent de lui trouver des prétendants.

Elle veut rompre avec la fatalité en étant l’actrice de sa propre vie et maitresse de ses décisions.

Malgré les difficultés, la peur des représailles et de la perte de sa famille, Deya fait preuve d’un immense courage. Elle ne tardera pas à se rendre compte qu’elle n’est pas la seule révoltée de sa famille….

Le silence d’Isra est un roman qui démontre les ressources des femmes, leur force et leur détermination. Parfois, comme c’est le cas pour Isra, de leur abnégation.

La force salvatrice de la littérature

Ce qui lit tous les personnages du roman, c’est leur amour de la lecture. La littérature a une place majeure.

Elle devient leur refuge, leur abri, leur espace.

Chaque femme voue un amour à la littérature et doit se cacher pour lire, car celui lui est interdit.

Pourtant, lire est un échappatoire à la difficulté du quotidien. La lecture est un exécutoire, alimente l’imaginaire, fait voyager rêver. Mais pas seulement. Elle permet de s’identifier, de se cultiver et de devenir plus forte, plus convaincue.

Le silence d’Isra est une ode à la littérature tant elle est omniprésente. Tant son pouvoir est salvateur.

Un roman féministe puissant

Etaf Rum livre des éléments autobiographiques dans son premier roman. Elle nous offre une immersion au sein d’une famille qui peine à se reconstruire, à l’identité multiple et qui se raccroche à ses traditions.

L’autrice véhicule un message extrêmement puissant : la libération des femmes. Où qu’elles vivent et quelle que soit leur nationalité.

Etre une femme n’est pas une fatalité. Il ne faut pas craindre de se battre pour ses idéaux, de vouloir prendre ses propres décisions et aller à l’encontre d’une société patriarcale qui se complait dans le rôle d’oppresseur.

Le silence d’Isra nous parle du peuple palestinien et de la tragédie qu’il subit, mais également d’auto-détermination et de la prise de pouvoir des femmes.

C’est un récit poignant qui participe à l’émancipation de la femme et comme l’écrit l’autrice dès le début du roman : « Cette histoire, vous ne l’avez jamais entendue ».

La claque littéraire du début d’année: Le consentement de Vanessa Springora

Avant même sa sortie, Le consentement de Vanessa Springora a énormément fait parler de lui et pour cause ! L’autrice livre dans son roman sa propre histoire, notamment sa relation avec un écrivain notoire.

La rencontre avec Gabriel Matzneff

Le roman débute dès l’enfance de la narratrice : un père totalement absent, une mère qui choisit de partir et de vivre seule avec sa fille. Travaillant dans une maison d’édition, elle a de nombreuses connaissances dans le milieu littéraire, dont certains auteurs très en vogue.

C’est lors d’un dîner mondain, où n’étaient présents que des intellectuels, que la narratrice va rencontrer pour la première fois Gabriel Matzneff.

Sa mère lui propose de le raccompagner en voiture et il s’assoit aux côtés de Vanessa.

Elle avait treize ans, il en avait cinquante, et c’est à ce moment-là que tout commence.

Une relation tolérée laissant libre cours à l’emprise

Gabriel Matzneff prend contact avec Vanessa en lui écrivant des lettres, créant ainsi une relation épistolaire et privilégiée entre eux.

Peu à peu, Matzneff l’attend devant le collège et des rendez-vous ont lieu dans des lieux publics, puis chez lui, dans son studio d’écrivain.

Vanessa a treize ans et elle entame une relation amoureuse avec Matzneff. C’est avec lui qu’elle découvre le sexe, la relation à deux.

Elle se décrit comme étant parfaitement consentante, elle se donne à lui, cet écrivain si connu, si charismatique, qui devient la figure masculine qu’elle recherchait tant.

Elle ne comprend pas quand Matzneff lui explique qu’il n’aime que les jeunes filles, des adolescentes à peine pubère. Elle ne perçoit pas la gravité de la situation, la prédation dont fait preuve Matzneff.

La relation s’installe et Vanessa se dit amoureuse de lui et s’épanouit avec cet homme.

Sa mère, qui l’apprend, décide de ne pas réagir, de respecter le choix de sa fille. Comme toutes les autres – ou presque – personnes qui ont eu vent de cette histoire.

Peut-on parler de choix et de conscience à treize ans, surtout lorsque le schéma familial empêche à l’enfant de se construire.

L’emprise de Matzneff est totale, sans aucun obstacle, sans poursuite. A cette époque, le leitmotiv était la liberté et le choix. Personne n’a alors été choqué d’une telle relation, ni du penchant de Matzneff pour les jeunes personnes, femme ou homme. Le consentement n’avait pas d’âge, chaque être pouvait l’exprimer librement.

Un roman qui dénonce une omerta

Si Vanessa décide de s’exprime aujourd’hui, c’est pour dénoncer une omerta dans le milieu littéraire qui a existé et existe peut être toujours.

A travers son style froid et distant, l’autrice parvient parfaitement à décrire l’emprise et la prédation de Matzneff. Elle était extrêmement jeune et elle se croyait consentante, mais en réalité elle n’avait pas le recul nécessaire. Puisque personne n’a rien fait, pas même sa mère, elle se persuade qu’il n’y a aucun mal, qu’elle a choisi de vivre une telle histoire.

Ce roman est une oeuvre qui questionne la notion même de consentement et les limites qu’il peut présenter selon les caractéristiques de chaque personne, notamment l’âge. Il pointe également du doigt la passivité et le déni de tout un milieu professionnel, parfaitement au fait de la relation entre un homme et une jeune femme que vingt-sept ans sépare.

Le consentement permet à l’autrice de démontrer que l’on peut se croire consentante, car l’on a pas été contraint.e ni forcé.e physiquement. Surtout, il pointe très intelligent que le curseur ne doit pas être positionné sur la jeune femme, mais bien sur l’homme qui abuse de sa position dominante. Il faut interroger sa motivation à lui, sa prédation et son obsession malsaine pour la jeunesse.

« Comment admettre qu’on a été abusé, quand on ne peut nier avoir été consentant ? Quand, en l’occurrence, on a ressenti du désir pour cet adulte qui s’est empressé d’en profiter. » – extrait du roman.

Une oeuvre d’utilité publique

Le consentement de Vanessa Springora est encore la preuve qu’il y a de sérieux dysfonctionnements dans notre système. Que l’omettra existe encore et doit impérativement cesser car elle demeure au détriment de la vie des victimes.

Ce roman démontre également que la notion de consentement est complexe et qu’il importe que la société et le droit s’en emparent, le définissent.

Le consentement c’est enfin l’histoire d’une époque, libertaire à l’extrême qui tolère de telles relations.

C’est un roman qui insuffle une prise de conscience, qui éveille les esprits à la problématique du consentement, qui est capable d’entraîner une véritable remise en question de la société. Qui peut contribuer au changement.

Si à travers son roman Vanessa Springora raconte sa propre histoire, il s’agit d’une oeuvre qui nous concerne tou.te.s tant ils s’agit de problématiques universelles.

Au regard du grand retentissement qu’a eu Le consentement, il est évident qu’encore au XXIème siècle, la littérature est un outil réel pour dénoncer et oeuvrer en faveur d’un changement. Son pouvoir perdure.

L’amant de Marguerite Duras, ou le récit d’un premier amour

L’amant est une des oeuvres les plus connues de Marguerite Duras. Publié en 1984 et immédiatement prix Goncourt, il demeure aujourd’hui un des romans classiques incontournables de cette autrice.

La rencontre avec le « Chinois de Cholen »

L’amant est un magnifique roman qui offre une réelle complexité. Le sujet principal, comme l’annonce le titre, est l’histoire d’amour que va vivre l’héroïne avec un chinois.

L’intrigue se déroule en Indochine française et l’héroïne a quinze ans et demi. Sa jeunesse n’est en rien un obstacle puisqu’elle rencontre un homme chinois, un banquier extrêmement riche, de douze ans son aîné.

L’héroïne est libre et ne donne aucun crédit aux normes sociétales en ce qui concerne l’âge : elle sait ce qu’elle veut et l’exprime très clairement au « Chinois de Cholen » comme elle l’appelle.

Rien n’arrête la jeune femme qui a le profond désir de vivre une romance avec cet homme, de vivre ses premiers émois amoureux, ses premières relations sexuelles.

Leur relation est portée sur l’argent, dont l’héroïne manque considérablement à l’inverse de son amant, et sur le désir charnel. Elle est très intéressante tant elle est peu conventionnelle à bien des égards.

En effet, l’Amant est également le roman qui dénonce les interdits et les obstacles rencontrés par les jeunes français.es de l’époque. L’amour entre une française et un chinois, du fait de leur seule nationalité, est impossible. La société coloniale refuse ce genre de relation.

Plus encore, le père du chinois s’y oppose fermement, vouant cette idylle à un amour temporaire, délimité.

En ce sens, ce roman exprime la profonde volonté de l’héroïne de s’affranchir de ces codes et de décider pour sa propre vie. A quinze ans et demi, c’est une très belle preuve de détermination et de liberté.

Un roman sur fond familial

L’amant n’est pas seulement une histoire d’amour entre l’héroïne et l’amant, ni l’histoire de sa première fois.

C’est également une oeuvre qui a un fond autobiographique et qui revient sur le passé familial de l’héroïne. Cette dernière fait face à des sérieuses difficultés : sa relation avec sa mère est très instable et complexe. Tantôt saine, tantôt malsaine, tout est fondé sur des non-dits, sur la transmission malgré elle d’une vénalité certaine.

La relation de l’héroïne avec ses deux frères n’arrange en rien le tableau familial : son ainé est dépeint comme un homme insaisissable, avide d’argent et extrêmement violent et son petit frère comme son opposé, une homme calme et bienveillant.

La beauté de la plume de Duras et son choix de ne pas aborder frontalement les difficultés familiales, amènent les lecteur.ice.s à deviner les traits de caractères de chacun, à déceler au travers des lignes ce qu’a voulu nous transmettre l’autrice.

Une héroïne qui prend le pouvoir

Outre le fait que l’héroïne sait ce qu’elle veut et assume parfaitement ses désirs sexuels avec son amant, elle est une figure que l’on oublie pas.

Elle est jeune et pourtant très mature, très sûre d’elle et de ses choix.

Elle brave les interdits un à un tant son désir de liberté et de construction en adéquation avec sa propre volonté est puissant.

Elle fait fi de la différence d’âge, de sa prétendue jeunesse pour une première relation sexuelle, des codes sociaux. Plus encore, elle découche de son lycée pour passer la nuit avec son amant et ne laisse pas le choix à ses institutrices.

On assiste à la réelle prise de pouvoir de l’héroïne sur sa personne. Elle fait face à sa mère, à la société, à la famille de son amant et parvient toujours à franchir les obstacles.

L’amant raconte l’initiation de l’héroïne à la vie. En filigrane, il s’agit de l’histoire de Marguerite Duras, que l’on découvre avec émerveillement.

La plume de Marguerite Duras

Ce roman est d’une grande intensité. Pourtant, Marguerite Duras ne s’épanche pas. Tout est sous-entendu, proposé, énigmatique.

En cela, la plume de l’autrice est unique et se reconnait entre mille.

Elle transmet sa sensibilité, sa profondeur et évoque des sujets extrêmement sérieux avec un style qui lui est propre.

L’amant est un classique de la littérature française et on comprend aisément pourquoi tant il s’agit d’un roman complexe.

Autobiographique, cette oeuvre raconte l’histoire d’une jeune femme éprise de liberté et en quête de libération.

Honoré et moi : l’autobiographie qui nous fait (re)découvrir Balzac

Titiou Lecoq est journaliste, romancière et essayiste féministe. Elle est notamment l’autrice de « Libérées ! Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale« .

Honoré et moi est une oeuvre récente qui a bénéficié d’un très grand accueil par la critique et les lecteur.ice.s.

C’est à la suite d’une visite de la maison de Balzac, que l’autrice a développé son obsession pour cet auteur et qu’elle a décidé de se lancer dans la rédaction de sa biographie.

A la découverte de la vie d’Honoré de Balzac

Si Honoré et moi est une oeuvre absolument délicieuse, c’est surtout parce qu’elle nous plonge dans la vie de Balzac, cet immense auteur classique dont on ne connait pas, ou trop peu, la vie privée.

Evidemment, on ne présente plus l’auteur à l’oeuvre gargantuesque (presque une centaine de romans et de nouvelles) !

Ce que l’on ignore, c’est qui il était vraiment, en tant qu’homme vivant au XIXème siècle.

Cet ouvrage est donc l’occasion pour tous les curieux.es. de Balzac – ou pour ceux qui ont le désir de lire une autobiographie – de découvrir la vie incroyable de cet écrivain.

Car il faut le dire : Honoré de Balzac a vraiment eu une vie qui mérite que l’on s’y attarde tant elle est remplie d’anecdotes et de péripéties.

Le rêve de richesse : Honoré devient la « catin littéraire »

A travers sa plume teintée d’humour et d’ironie, Titiou Lecoq nous raconte la vie de Balzac. Dans Honoré et moi, on découvre que l’auteur rêvait de devenir riche et écrivait notamment pour gagner de sa vie. Il n’écrivait pas par amour des mots et de la littérature mais bien pour faire fortune.

Un tel comportement lui vaudra de nombreuses railleries ainsi que le surnom marquant de « catin littéraire ». A cette époque plus que jamais, être écrivain était un métier considéré comme noble qui devait être totalement désintéressé.

Cet essai nous plonge au coeur du patrimoine de Balzac, ou plutôt de l’absence de ce dernier à son plus grand dam. En effet, malgré l’opulence de son écriture, il était criblé de dettes en raison de toutes ses fausses bonnes idées commerçantes qui s’avéraient désastreuses. Surtout, Balzac ne cherchait pas réellement à calmer ses folies dépensières…

L’autrice réhabilite avant tout l’humain

Honoré et moi est un récit autobiographique qui donne une vision profonde et intime de Balzac. Cette oeuvre n’a pas pour objectif de vanter les mérites de l’auteur ni de revenir sur son talent incontesté.

Titiou Lecoq a cherché à nous présenter l’humain, l’homme qui vit au XIXème siècle avec des rêves et des désirs, mais qui fait face à la faillite personnelle, à des déconvenues, à des difficultés. Comme tout le monde.

Le portrait intime de Balzac passe nécessairement par la description de sa vie sentimentale, loin d’être monotone. C’est un homme au désir ardent, qui connait plusieurs histoires d’amour dont plusieurs avec des femmes plus âgées qui le marqueront à jamais.

Balzac, plus vivant et contemporain que jamais

Balzac est dépeint comme un homme obsédé par l’argent, la notoriété. Malgré sa pauvreté, il refuse de se priver et finit toujours par s’acheter ce dont il dont il désire.

C’est un homme qui ne se résout pas à accepter sa condition et qui va se battre sa vie durant pour atteindre le statut social dont il rêve.

En cela, c’est également le portrait de notre société dont il est question. L’amour, l’argent et surtout la réussite demeurent les maîtres mots.

On l’aura compris, Honoré et moi propose le portrait de la vie personnelle d’un Balzac plus contemporain que jamais.

L’empreinte féministe de l’autrice

Titiou Lecoq étant une femme féministe, elle fait le choix de rétablir la vérité sur plusieurs personnages féminins – notamment celui de la mère de Balzac – souvent critiqués et trop vite jugés par d’autres auteurs.

Surtout, l’autrice a tenu à revenir sur les engagements de Balzac sur la condition des femmes au XIXème siècle.

C’était un auteur qui était un grand critique du mariage : il ne pouvait condamner les relations extra-conjugales des femmes tant elles étaient opprimées par cette institution.

Si Balzac n’était pas un fervent féministe, il était différent de ses contemporains dans sa vision des femmes. L’autrice a su souligner ce trait important de l’auteur, malheureusement trop peu mis en exergue, à une époque où des questions similaires se posent.

Franchir le cap de l’oeuvre autobiographique

En réalité, lire la biographie de Balzac n’a jamais été autant un plaisir : la plume de l’autrice est fluide, drôle, piquante.

Cet essai est une réelle occasion de découvrir un auteur classique et de lire une autobiographie profonde, intimiste.

Honoré et moi, c’est un rendez-vous avec un Balzac inconnu. A la fois attachant, brillant et exaspérant, il mérite que l’on ne cantonne pas son nom à des lectures obligatoires durant sa scolarité.

Après une telle lecture, il apparait presque impossible de ne pas vouloir (re)découvrir l’oeuvre de Balzac. On veut à tout prix lire cet auteur, totalement imprégné.e.s de son histoire et de son vécu.

« Parce qu’il était fauché, parce qu’il a couru après l’amour et l’argent, parce qu’il finissait toujours par craquer et s’acheter le beau manteau de ses rêves, parce qu’il refusait d’accepter que certains aient une vie facile et pas lui, parce que, avec La Comédie humaine, il a parlé de nous, j’aime passionnément Balzac. »

Quand Liv Strömquist s’empare de l’Amour avec un grand A

Liv Strömquist est une autrice suédoise de bandes dessinées. Chacune de ses oeuvres – éminemment féministe – s’intéresse à une question sociale et nous livre une analyse documentée, engagée et percutante.

Forte du grand succès de ses romans graphiques, l’autrice devient peu à peu une véritable référence féministe.

L’incroyable univers de Liv Strömquist

Avant d’entrer dans le vif du sujet de l’oeuvre Les sentiments du Prince Charles, il convient d’expliquer brièvement l’univers de l’autrice. Si ces dessins sont originaux, ce qui la caractérise c’est surtout son style drôle et mordant. Elle nous parle de sujets extrêmement sérieux sur un ton absolument délicieux et direct. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’autrice ne mâche pas ses mots. En ce sens, elle se démarque remarquablement et fédère un lectorat de plus en plus grand.

Les sentiments de Prince Charles, une BD qui parle d’amour

On l’a dit, Liv Strömquist s’intéresse énormément aux questions sociales et notamment à la condition de la femme. Forcément, cela implique une réflexion sur l’amour et la relation amoureuse.

Loin d’être une ode à l’amour, la bande dessinée de l’autrice se penche sur la notion elle-même, ce qu’elle a impliqué historiquement et ce qu’elle implique actuellement pour les femmes.

C’est un euphémisme que de dire qu’elle a un regard critique et qu’elle déconstruit la relation amoureuse.

La relation amoureuse loin d’être anodine

La bande dessinée Les sentiments du Prince Charles est le fruit d’une véritable refléxion de l’autrice sur l’amour.

Liv Strömquist nous montre à quel point l’état amoureux n’est pas inhérent à la nature humaine. L’amour aussi est politique: ses comportements et sa perception au fil des années est le fruit d’une construction purement sociale.

Pour illustrer cet essai-bande dessinée, l’autrice convoque à la fois des célébrités, telles que le Prince Charles et Bobby Brown, des écrivains et philosophes. L’oeuvre est enrichie de sources, ce qui donne indéniablement plus de force à ses explications et allégations.

Une réelle invitation à la réflexion

Liv Strömquist, dans sa bande dessinée, nous incite à remettre en question les normes que l’on a toujours connu et la vision habituelle que l’on a de l’amour.

Les sentiments du Prince Charles nous invite à considérer les relations amoureuses sous un prisme différent. Pour ce faire, elle aborde le thème du mariage. Encore majoritairement perçu comme étape nécessaire dans la vie, cet acte a pour finalité de régir la vie de la femme. Liv Strömquist questionne également la notion de fidélité. Elle remonte jusqu’à l’origine de ce désir d’exclusivité et rappelle l’impossible dissociation actuelle entre l’amour et le désir.

L’autrice nous démontre que l’amour est une conception beaucoup trop caricaturée et normée.

Surtout, elle explique en quoi la relation amoureuse a également été un moyen utilisé par le patriarcat pour dominer la femme et la placer dans un état de dépendance et de soumission.

Cette bande dessinée est un essai qui peut faire l’effet d’une bombe tant elle déconstruit de nombreux idéaux sur l’amour.

Elle a le mérite de pointer du doigt des questions, des faits, que l’on croit ancrés dans notre société et de les remettre en question.

Une bande dessinée féministe libératrice

Les sentiments du Prince Charles est un puissant plaidoyer pour l’autodétermination et la réelle prise de conscience de ses propres désirs.

Ce qui est certain, c’est qu’il est impossible de refermer cette bande dessinée sans être secoué.e.

L’ensemble des informations et des propos de Liv Strömquist est tellement percutant, qu’il résonne encore dans nos esprits après notre lecture.

On ne perçoit plus sa propre relation de la même manière car elle a instillé des pistes de réflexion extrêmement parlantes.

Les sentiments du Prince Charles est un appel à la libération des corps et des consciences. A la libération de la femme.

L’autrice, grâce à son style rempli de vitalité et d’humour, pose les bonnes questions et explique de manière claire et extrêmement documentée les faiblesses de la relation amoureuse telle qu’elle a été conçu et continue de l’être de nos jours.

Parce qu’il n’est jamais trop tard pour ouvrir son esprit et nourrir ses réflexions; parce que cette oeuvre insuffle – même inconsciemment – une prise de conscience, parce que Liv Strömquist écrit en faveur d’une libération de la femme, il faut se plonger dans Les sentiments du Prince Charles.

Le livre des reines, quatre générations de femmes dans les tourments du Moyen-Orient

On referme Le livre des reines avec le sentiment d’avoir déniché un pur bijou de la littérature. Joumana Haddad est une autrice à découvrir impérativement : fervente féministe, c’est une femme qui a connu la guerre depuis son enfance tant le Moyen-Orient est un territoire à la croisée de multiples conflits.

Une saga familiale sur quatre générations de femmes

Le livre des reines est un roman qui se déroule au Moyen-Orient et qui se décompose en quatre parties. Chaque partie retrace la vie d’une femme : on suit Qayah, Qana, Qadar et Qamar, dans l’ordre de la descendance.

L’histoire commence au début du XXème siècle avec Qayah et elle traversera le siècle jusqu’à Qamar, qui vit à notre époque.

Cette saga est passionnante et nous plonge dans une partie du monde constamment tourmentée par les guerres. A travers ces quatre portraits, ces quatre vies, on découvre l’horreur des conflits, la difficulté de se construire en tant que femme.

La religion et la nationalité au coeur de ce roman

Il s’agit d’un roman qui revient sur plusieurs guerres, notamment le génocide arménien au début du XXème siècle, le conflit israélo-palestinien et les luttes entre musulmans et chrétiens au Liban et en Syrie.

Sur les quatre générations décrites, chacune des femmes va se retrouver confrontée à ces problématiques et aux horreurs qu’elles impliquent au quotidien. Elles vont également parfois choisir de se marier avec un homme qui ne correspond pas à la nationalité voulue ou qui ne pratique pas la religion souhaitée.

Le livre des reines explore en profondeur ces conflits et les explique, ce qui assure une lecture active. Le style de l’actrice, fin et poétique, finit de nous emporter dans ces histoires incroyables.

Des femmes combattantes

Joumana Haddad met toujours en lumière des femmes qu’elle qualifient de « combattantes ». Dans son roman, les quatre femmes sont extrêmement fortes et font face à des situations terribles. Hormis la guerre, il y a la question de la pauvreté, de l’éducation que l’on donne à ses enfants, de choix que l’on doit faire pour soi, des sacrifices à réaliser…

Le livre des reines est l’illustration du tumulte ambiant et de l’importance pour ces femmes de se créer leur vie, toujours en considération de ce qu’elles ont appris durant leur enfance. La violence est omniprésente tout comme le sexisme, mais ces femmes sont puissantes et font preuve d’une détermination inébranlable.

Si Qana se démène pour pallier l’inertie de son mari et reste dans un mariage malheureux, Qadar est une femme libre et indépendante. L’adultère ne la freine pas, sa liberté sexuelle prend le dessus et va à l’encontre des moeurs pourtant très conservatrices.

L’autrice nous propose des femmes réalistes, des femmes qui se cherchent. Ce ne sont pas des clichés ni des modèles. Ces femmes sont simplement elles-mêmes.

Ce roman est un très beau message d’espoir et de lutte, d’ancrage des femmes malgré les tourments dont elles sont les victimes. Il brasse un siècle entier d’Histoire et nous démontre à quel point la construction personnelle peut être difficile. A quel point l’éducation de ses enfants se fait au regard de celle que l’on a eu : ce que l’on veut et ne veut pas reproduire.

A ce sujet, Le livre des reines est très intéressant car l’on comprend à quel point la transmission est subjective et jamais perçue de la même façon. Pour Qadar, c’est important de laisser sa fille Qana libre et indépendante, parce qu’elle n’a pas pu connaitre cela malgré son profond désir. Cela n’empêche pourtant pas sa fille de la haïr et de lui reprocher constamment son absence…

Finalement, la question se pose de la bonne éducation et l’on comprend que la réponse reste en suspens, tant notre construction et notre vécu nous modèlent et influent sur ce que l’on transmet.

Néanmoins, ce qui semble être le leitmotiv de chaque femme, c’est leur volonté d’offrir une vie meilleure à leur fille.

Un roman qui fait le choix de traiter de sujets graves

Joumana Haddad évoque le viol, le crime de guerre, le mariage forcé, la pauvreté, les violences conjugales, le terrorisme, du mauvais traitement pour les personnes ayant des troubles mentaux, de l’homosexualité et de tant d’autres fléaux.

Elle fait le choix de ne pas voiler la réalité, de ne pas la minimiser.

Elle dénonce à travers sa plume poétique des vérités et des faits, ce qui donne à son oeuvre une gravité et un retentissement encore plus grands.

Une oeuvre tantôt fictive tantôt biographique

Vous l’aurez compris, Le livre des reines est un roman qui nous bouleverse, nous secoue.

Chaque partie apporte son lot de difficultés, de conflits, mais aussi d’amour et de lutte personnelle. Les femmes sont remarquables, puissantes et déterminées.

Pourtant, malgré toutes ces émotions, le plus touchant est le mot de l’autrice : elle nous explique son propre parcours, sa confrontation à la guerre, aux questions religieuses. Joumana Haddad est à demi libanaise, un quart arménienne, un quart circassinienne et qui a des racines syriennes et palestiniennes. Son identité n’est pas anodine, surtout dans un Moyen-Orient sans cesse aux prises de plusieurs guerres.

En tant qu’autrice, elle a décidé de s’inspirer de sa propre histoire pour écrire ce roman. Si le récit à travers quatre femmes d’une même génération est dur, il l’est encore plus lorsque l’on sait qu’il est aussi celui de la vie de centaines de milliers de personnes, dont son autrice.

Joumana Haddad est une féministe convaincue, qui n’a jamais baissé les bras et qui écrit pour raconter, transmettre, se réaliser.

Tout comme elle, son roman a de la poigne.

Un roman intense qui mêle féminisme et Moyen-Orient

Le livre des reines est une oeuvre qui nous parle de femmes persévérantes, obstinées, courageuses. Sa lecture ne laisse pas indifférent.e, pour ne pas dire qu’elle nous trouble profondément.

Le seul risque que l’on prend, c’est de tomber en amour avec cette autrice et son engagement et de vouloir lire chacun de ses ouvrages.

Orgueil et préjugés de Jane Austen : délicieuse immersion dans la société anglaise du XIX ème siècle

Orgueil et préjugés est une des oeuvres les plus connues de Jane Austen, autrice classique du XIXème siècle.

Une intrigue au coeur de Longbourn, lieu de résidence de la famille Bennet

Dans ce roman, on suit la vie de la famille Bennet à travers le personnage d’Elizabeth, le personnage principal. C’est à l’arrivée de M. Bingley, un riche voisin, que l’intrigue commence : Mme Bennet rêve que celui-ci soit intéressé par l’une de ses cinq filles, qu’elle souhaite absolument voir mariées. Au fil de l’histoire et des péripéties de chaque personnage au sein de la société anglaise, on suit surtout la relation entre Elizabeth et M. Darcy, un riche aristocrate, que l’on espère secrètement devenir une romance…

Un personnage principal féminin détonnant

Orgueil et préjugés serait totalement différent sans Elizabeth. Dotée d’un fort caractère, elle refuse de se conformer aux normes sociales de l’époque si elle n’y adhère pas personnellement. Notamment, elle ne conçoit pas l’idée de se marier par devoir et sans amour : le seul intérêt financer ne saurait lui suffire, bien au contraire. Pourtant, refuser de se marier est la preuve d’un engagement certain, tant il s’agit d’un acte important (si ce n’est presque le seul) dans la vie d’une femme à cette époque.

De plus, Elizabeth est une jeune femme qui a des opinions et qui les exprime. Elle dit ce qu’elle pense et ne changera pas de discours si l’interlocuteur.ice est d’un statut plus élevé. En cela, elle fait preuve d’une liberté peu commune, ses manières sont d’ailleurs souvent désapprouvées par d’autres femmes plus nobles : son esprit est vif et elle ne souhaite pas changer son comportement sous prétexte que cela serait malvenu ou choquant.

On l’a compris, Elizabeth n’est ni docile ni naïve, c’est pourquoi on s’attache très vite à elle, tant son espièglerie et son franc-parler détonne avec le conformisme et la bienséance des autres personnages. Elle manie l’ironie avec brio et la justesse de ses remarques, souvent critiques de la société, en font incontestablement une figure forte et charismatique.

Toutefois, si son impétuosité est remarquable, elle peut parfois lui jouer des tours… Ce sera notamment le cas avec M. Darcy, qu’elle jugera sur des préjugés, à la suite d’une remarque qui a blessé son orgueil.

Une oeuvre satirique et dénonciatrice

Dans Orgueil et préjugés, Jane Austen ne se contente pas de nous présenter la société anglaise du XIXème siècle. Elle nous livre ses travers et les dénonce au travers d’une satire sociale. Le style de l’autrice est fin, subtil et l’ironie est maitrisée à la perfection : la critique de la société et des normes qu’elle impose, notamment aux jeunes femmes, transparait dans l’écriture, par petites touches. La volonté de Jane Austen était d’instiller la satire dans le récit et c’est réussi.

Surtout, l’autrice traite avec ironie ses personnages. Elle s’avère impitoyable envers ceux qui sont peu cultivés ou intéressants, comme c’est notamment le cas de Lydia, la soeur d’Elizabeth, ou bien sa mère, Mme Bennet.

Chaque personnage est presque caricatural et la volonté de l’autrice est de nous dépeindre avec humour et une légèreté feinte une société dans laquelle tout n’est que paraitre et fondé sur la fortune et le statut social. Les valeurs morales passent en dernier plan, voire sont totalement occultées : c’est l’apparence qui prime.

Dans Orgueil et préjugés, Jane Austen a eu le souci de la vraisemblance tant les situations et les personnages décrits sont crédibles.

De la très grande importance du mariage à cette époque

La première phrase du livre en dit long sur l’état d’esprit de l’autrice. L’oeuvre commence ainsi : « c’est une vérité universellement reconnue qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune doit forcément être en quête d’une épouse« .

En réalité et peu étonnamment, Jane Austen ironise et démontre à quel point le rang social est déterminant dans les relations entre les personnes. Les femmes peu fortunées vont désespérément rechercher à épouser un homme fortuné. Une telle prise de position montre l’engagement de l’autrice et son rejet de ces normes.

Les premiers mots de l’oeuvre sont incisifs et directs, à l’image du style de Jane Austen.

Un classique indémodable

Orgueil et préjugés est un roman qu’il est impératif de découvrir tant pour l’histoire elle-même, qui est passionnante, que pour le combat de certaines femmes contre les contraintes sociales. C’est une oeuvre qui invite à aller au-delà des apparences, de ses propres préjugés et à refuser les codes d’une société qui dictent la façon de mener sa vie.

C’est un classique qui nous offre plusieurs histoires d’amour, profondes et complexes, sans aucune mièvrerie. C’est également une oeuvre qui nous propose une fenêtre sur cette société et fait naitre plusieurs réflexions.

Ce qui est certain, c’est qu’Elizabeth est un personnage qui a du cran et qui ne s’oublie pas.

Les culottées : un peu d’Histoire au travers de trente portraits femmes (trop) méconnues

On ne présente plus Les culottées, Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent de Pénélope Bagieu ! Grâce à ces bandes dessinées, l’autrice-dessinatrice a même remporté le Prix Eisner, l’une des plus grande récompense dans le monde de la BD.

Initialement, la bande-dessinée Les culottées a été prépubliée dans le magazine Le Monde. Chaque semaine, une femme y était présentée. Par la suite, ces trente portraits ont été publiés en deux tomes chez Gallimard.

La biographie à l’honneur

Les culottées est une oeuvre qui propose plusieurs courtes biographies de femmes. L’autrice-dessinatrice a su apporter ce genre littéraire d’une manière extrêmement percutante et drôle. La vie de chacune de ces femmes est inspirante et mérite amplement d’être connue et reconnue.

Des portraits de femmes qui osent

Si cette bande-dessinée est extrêmement intéressante et importante, c’est parce qu’elle met en lumière la vie de plusieurs femmes. Elle oeuvre contre l’invisibilisation constante de ces dernières dans une société sexiste et patriarcale.

D’ailleurs, Pénélope Bagieu nous démontre que ces trente femmes ont fait fi de ces barrières pour se réaliser et aller au bout de leurs rêves. Ces femmes ont su braver des interdits, s’entêter, garder espoir : le sexisme et le patriarcat ne sont pas invincibles.

Quelle que soit l’époque et la nationalité de la femme en question, la force des femmes transparait de toutes les biographies. Chaque femme a du se battre pour s’accomplir et les luttes ne sont pas toujours sans conséquences. Cette bande-dessinée est un moyen de redonner leur place aux femmes oubliées de l’histoire, ou trop peu voire pas considérées. Et pourtant, lorsque l’on découvre ces trente portraits, on ne peut que se demander comment cela est possible de n’avoir jamais entendu parler de telle activiste, telle journaliste, telle athlète…

Les biographies sont courtes et très diverses : Pénélope Bagieu s’est intéressée à des femmes de toute époque, de toute nationalité, de toute origine sociale et culturelle. En cela, Les culottées est une oeuvre précieuse puisqu’elle ouvre nos horizons, milite pour la découverte de toutes les femmes, sans exception. Tous ces destins doivent avoir l’opportunité d’être découverts.

Une bande-dessinée résolument féministe

Si l’autrice-dessinatrice a choisi de réaliser ces portraits de femmes, c’est pour réagir au manque de représentation des femmes dans le milieu de la bande-dessinée (et encore, s’il n’y avait que celui-ci…). Une telle initiative ne peut qu’être approuvée et encouragée, en ce qu’une femme agit et rend visibles d’autres femmes. Si aujourd’hui on connait la vie de Joséphine Baker, de Naziq Al-Abid ou encore de Thérèse Clerc, c’est grâce aux Culottées, qui nous présente ces femmes exceptionnelles.

Cette bande-dessinée est instructive et se dévore presque d’une traite, tant la vie de ces femmes est incroyable, tant leur combat contre les injonctions et les préjugés est fort.

Les Culottées n’est pas une bande dessinée anodine : elle nous rappelle que trop de femmes sont invibilisées et qu’il est grand temps d’y remédier. Aussi, si certaines ont réussi à se réaliser de par leur résignation et leur force de caractère, malgré les difficultés, combien ont du se conformer ou se conforment encore à l’ordre établi dans lequel peu de place leur est faite ?

Une adaptation en animation : quand les héroïnes de la BD (re)prennent vie

A la suite de l’immense succès des Culottées et pour le plus grand plaisir des lecteur.ice.s. il a été annoncé qu’une adaptation serait réalisée et diffusée en 2020 sur France 5.

Les Culottées est à découvrir tant les femmes présentées se démènent pour leurs idéaux et leur liberté. Tant elle incite toutes les femmes à se réaliser comme elles l’entendent.

Une si longue lettre : lumière de Mariama Bâ sur la condition des femmes sénégalaises

Encore trop méconnue, Une si longue lettre est une oeuvre primordiale, pour ce qu’elle nous livre sur la condition des femmes au Sénégal dans les années 80.

Une lettre de l’héroïne à sa meilleure amie

Mariama Bâ a fait le choix de présenter son roman comme une lettre de Ramatoulaye à sa meilleure amie Aïssatou, qu’elle écrit lors du décès de son époux. Comme tout roman écrit à la première personne, on entre dans l’intimité de l’héroïne qui revient sur sa vie, son évolution.

Tendre et attachante, Ramatoulaye est une femme sénégalaise mère de douze enfants, qui, une fois mariée, a choisi la vie de maîtresse de maison. La complexité du personnage apparait au fil des pages : tour à tour, l’héroïne est étudiante, épouse, mère, veuve. Ramatoulaye rassemble dans ses lettres ses souvenirs et nous offre une rétrospective sur sa vie, sur les choix opérés et évoque ainsi plusieurs aspects de la culture et de la société sénégalaises.

Immersion dans la vie d’une femme sénégalaise, entre tradition et patriarcat

Les lettres sont évidemment un prétexte de l’autrice pour aborder la vie au Sénégal, y dénoncer la condition de la femme.

Ramatoulaye revient sur leur enfance heureuse et leurs grands espoirs en tant qu’étudiantes, grandes privilégiées tant faire des études est un luxe à cette époque. Elles rêvent d’une vie meilleure. L’éducation est alors leur moyen de s’extraire de l’asservissement et de la soumission imposés par la société, la religion, la politique.

La société décrite est sous le joug du patriarcat et l’héroïne explique la difficulté pour la population d’accéder à une éducation décente, l’inégalité de traitement entre les hommes et les femmes ainsi que l’absence de représentation féminine en politique. Elle dresse le portrait d’une population qui peine à avancer et à s’émanciper de la tradition.

Surtout, les femmes demeurent les grandes oubliées et certaines d’entre elles se contentent de leur condition, si bien que l’impulsion en faveur de changements peut s’avérer vaine, car peu soutenue. Pourtant, il est impératif de redonner à la Femme le statut social et politique qu’elle mérite.

Ramatoulaye revient sur sa vie d’épouse et sa douloureuse acceptation de la polygamie. Elle raconte comment une seconde femme est arrivée au sein de la vie qu’elle a construite avec son époux et l’impact qu’une telle décision a eu sur leur mariage et sur sa vision de leur relation. La description est réaliste et, dans un Etat où la pratique est interdite, un tel témoignage est très émouvant.

Une si longue lettre dépeint un pays coincé entre la tradition et l’influence de la culture occidentale. Par ailleurs, il permet de prendre conscience de l’ampleur des combats à mener pour obtenir plus d’égalité et de droits pour les femmes. Combats qui ne se cantonnent pas au Sénégal, bien au contraire.

Un roman qui dénonce avec poésie

Ce roman épistolaire est écrit avec un style poétique, précieux. L’autrice a su partager l’atmosphère et la culture sénégalaises, tout en abordant des sujets très sérieux. Une si longue lettre nous plonge dans les pensées d’une femme qui fait le point sur sa vie.

Mariama Bâ nous offre un voyage littéraire engagé dont la lecture, en plus d’être agréable, est instructive.

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